Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 3.1890

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LE

SALON DU CHAMP DE MARS

uelque opinion qu’on ait des causes
diverses qui ont amené les artistes
français à se partager en deux groupes
indépendants, il faut avouer que cette
crise a eu les résultats les plus heureux
et les plus inattendus. L’idée de la
scission, née au hasard d’une querelle
de personnes , présentait des dangers
évidents, qu’on peut bien avouer main-
tenant, puisque la clémente fortune
et l’humaine industrie ont si bien
réussi à les conjurer. Ainsi l’on devait craindre tout d’abord que
le public, inquiet de la part croissante que les peintres réclament
de son attention, et jugeant, cette fois, la mesure comble, ne refusât
de les suivre sur le terrain où il leur plaisait de lutter. C’est tout le
contraire qui s’est produit. L’intérêt un peu languissant que les
gens du monde apportent aux choses de l’art s’est tout à coup
ranimé dans les questions imprévues que l’affaire mettait en jeu;
ceux-là même qu’elles laissaient indifférents ont trouvé plus amu-
sant d’avoir deux Salons à comparer qu’un seul à visiter. Bref, l’a-
venture n’a déçu que les prophètes de malheur : l’ancienne société
n’a point perdu sa place, la nouvelle a conquis la sienne; les trésors
de sympathie et de curiosité qu’elles se partagent sont vraiment
inépuisables!

A ne considérer que les dissidents qui s’étaient cantonnés au
Champ de Mars, un doute plus sérieux s’imposait : trouveraient-ils,
dans leur récente association, des ressources suffisantes pour justifier
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