Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 3.1890

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LA

VÉNUS DE MI LO

Je ne sais si je suis bien autorisé à venir
parler d’une statue célèbre qui a provoqué
non moins de polémiques que d’admiration.
Il est vrai qu’à l’exemple de bien d’autres
j'ai fait le pèlerinage de l’ile où ce chef-
d’œuvre a été rendu à la lumière; je me suis
laissé montrer, par le fils du consul Brest,
dont cette découverte a immortalisé le nom,
l’endroit (aujourd'hui complètement trans-
formé) où la déesse de Milo est apparue pour
la première fois,dans sacachettedix ou quinze
fois séculaire, aux yeux éblouis du paysan
Georgios. S'il m’est permis do l’ajouter, j’ai
lu à peu près tout ce que l’on a écrit sur la
Vénus de Milo et j’ai pris part moi-mèmo à
quelques-unes des controverses où la question do la restitution do
ses bras est agitée depuis plus d’un demi-siècle. Mais tout cela n’est
rien, parce qu’il me manque une chose essentielle, une qualité qui,
d’antiquaire à amateur, est presque toujours communicative : la foi
en l’une des nombreuses opinions, soi-disant inattaquables, qu’on a
émises au sujet de cette statue. J’aime mieux l’avouer tout d’abord,
pour épargner à mes lecteurs une désillusion dont ils pourraient
rendre responsable la science elle-même; je suis indécis, très indécis,
presque sceptique sur la possibilité d’une solution définitive et jo
répète aujourd’hui ce que j’écrivais il y a dix ans : La Venus de Milo
est un mystère.
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