Institut Français d'Archéologie Orientale <al-Qāhira> [Hrsg.]; Mission Archéologique Française <al-Qāhira> [Hrsg.]
Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes: pour servir de bullletin à la Mission Française du Caire — 14.1893

Seite: 153
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La stèle de Kel-i-chin.

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LA STÈLE DE KEL-I-CHIN.

PAR

J. de Morgan, et V. Fr. Scheil, 0. P.,

Directeur Général des fouilles d'Égypte, Memlire de la Mission du Caire.

I.

Cette stèle avait été signalée par le colonel Rawlinson, niais jusqu'à ce jour aucun
estampage ni aucune copie n'avaient été rapportés en Europe. Son nom se compose de
deux mots appartenant au dialecte kurde du district de Moukri «kel servant à désigner
les pierres que placent les musulmans à la tête de leurs tombeaux, et «chin ^io», signifiant
bleu. Son nom traduit en français est donc la stèle bleue, bien que le mot stèle ne réponde
pas exactement dans notre esprit au sens exact que les Kurdes attachent à «J£». Cette
pierre bleue (diorite à gros éléments) est placée au sommet des montagnes qui forment la
frontière politique et la limite de partage des eaux entre le Kurdistan persan et celui de
Turquie. Elle est située par 36° 50' lat. N. et 42° 35' long. Or. du méridien de Paris. L'alti-
tude de ce col'est de 2860 mètres au-dessus du niveau de la mer; la route qui le traverse
permet de se rendre de Revandouz (jjjjlj, Turquie) à Onchnouh (<jaiM, Perse).

Entre l'Ararat et le district de Soleimanièh, les montagnes du Kurdistan sont très
abruptes et presqu'infranchissables pour des armées. Les routes présentent de grandes diffi-
cultés et les cols sont fort élevés. Celui de Kel-i-chin est l'un des moins difficiles. 11 permit
jadis aux armées des rois de Van et probablement aussi à celles des rois de Ninive d'aborder
le plateau iranien. L'importance en était bien connue des populations qui dans l'antiquité habi-
taient ces régions; elles avaient accumulé dans les vallées qui descendent de ces montagnes
tous les moyens de défense dont elles pouvaient disposer. C'est ainsi que nous retrouvons
aux environs d'Ouclinoub et dans toute la vallée du Ghader-tchaï (^U-. j>\s), affluent du
lac d'Ourmiah, une multitude dé tépés ou tells couronnés jadis par des villages fortifiés.

Il en est de même dans la haute vallée du petit Zab, occupée aujourd'hui par les
Kurdes nomades Mamèches, pays que l'on peut atteindre directement en descendant du col
de Kel-i-chin. La vallée du petit Zab (Zerd >j\ dans sa partie inférieure, Kialvi ^«vUS dans
son haut cours) ne peut servir de voie de communication entre la Turquie et la Perse; elle
est coupée aux défilés d'Alan (o^0 par des gorges infranchissables, et dans le pays des
Ghoourèh par des montagnes très escarpées, de sorte que les armées qui, venant d'Erbîl
(Haoler ^Syb en kurde), se dirigeaient vers l'Iran, devaient prendre, par le Nord et couper
à Kel-i-chin la ligne de partage des eaux. Au nord, les armées de l'Ouest en sortant du
pays de Khouhouskia ne pouvaient entrer en Perse en marchant directement vers l'Orient;
elles étaient arrêtées par les montagnes (Toura Ojélou et autres) et devaient descendre vers
le Sud pour atteindre la passe de Kel-i-chin. Entre le district de Bané (Goust de Sihnè) et
celui de Saoudj-houlaq (moukri), il existe un autre col portant aussi le nom de Kel-i-chin.
Il est situé dans Kal-i-kan Uaghi et présentait également jadis une stèle bleue, mais ce
monument a été détruit, et le nom seul nous indique aujourd'hui qu'un conquérant l'a franchi,
entraînant à sa suite des années venues de l'Occident. Cette passe n'a pu être traversée que

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