Institut Français d'Archéologie Orientale <al-Qāhira> [Editor]; Mission Archéologique Française <al-Qāhira> [Editor]
Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes: pour servir de bullletin à la Mission Française du Caire — 38.1916

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LA MISE A MORT RITUELLE D'APIS

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LA MISE A MORT RITUELLE D'APIS

par

Émile Chassinat

Plusieurs auteurs anciens rapportent qu'Apis, ayant atteint un âge fixé par les
livres sacrés, était noyé dans une fontaine : « Non est fus eum ccrtos vitœ excedere
)) annos, mersumque in sacerdotum fonte enecant » (Pline, VIII, 46); « Quum post
)) vioendi spatium prœstitutum sacro fonte immersus e vila abierit, net enim ultra
» eum trahere Jicet œtatem quant sécréta librorum prœscribit auctoritas mysticorum »
(Ammien Marcellin, XXII, xiv, 7); « Statum, œoi spatium est, quod ut affuit,
)) profundo sacri fontis immersus necatur, ne diem longius trahat, quam licebat »
(Solin, xxxn). Plutarque complète leur témoignage en indiquant la durée de vie qui
lui était assignée : « Cinq élevé au carré donne un nombre égal à celui des lettres (de
» l'alphabet) chez les Egyptiens et à celui des années que vivait Apis » (De Iside, lvi).

Aucune allusion n'a été relevée, jusqu'à présent, dans les textes indigènes, qui
établisse la réalité de cette coutume, et le dire de Plutarque, dans les très rares occa-
sions où nous sommes en mesure de le contrôler, se trouve même être contredit par
ceux-ci. Deux Apis, en effet, ont vécu au delà du terme qu'il fixe : le premier, né en
l'an 28 de Sheshonq III, mourut en l'an 2 de Pimaï, âgé de 26 ans, comme nous l'apprend
son épitaphe1 ; l'autre, qui s'éteignit en l'an 37 de Sheshonq IV, avait vu le jour au cours
de la onzième année du règne de ce souverain2. En présence de ces faits, Mariette met
en doute l'autorité de Plutarque. Il suppose que le cycle de vingt-cinq ans dont il parle
n'a aucun rapport avec Apis; et, partant de cette hypothèse, il conclut qu'« Apis
» étant Osiris sous sa forme charnelle et, comme Osiris, recevant son souffle de Phtah,
» rien ne nous défend de croire qu'Apis, l'image la plus parfaite d'Osiris, n'ait été con-
» damné à mourir à l'âge même auquel Osiris serait mort, c'est-à-dire à vingt-huit
» ans »3.

Suivant M. Maspero, l'incompatibilité constatée entre les épitaphes des Apis et
raffirmation de Plutarque serait simplement due au fait que la pratique de l'immer-
sion rituelle de l'animal sacré, en vigueur à l'époque romaine, n'existait pas encore ou
n'était pas rigoureusement observée dans les temps pharaoniques4.

La conjecture de Mariette est vraisemblable. Pourtant, elle a peut-être l'inconvé-
nient, en s'inspirant surtout de la doctrine transmise par les écrivains grecs, qui voit
dans Apis l'image vivante d'Osiris5, l'habitacle ou la personnification de l'âme de ce

1. Mariette, Le Sôrapéum de Memphis, pl. XXVI; Chassinat, Textes provenant du Sérapéum de Mem-
phis, n° XXXIX (Rec. de Trac, t. xxii, p. 11).

2. Mariette, op. cit., pl. XXXI. Voir aussi Renseignements sur les soixante-quatre Apis, dans la Bibl.
egypt., t. XVIII, p. 213.

3. Mariette, Renseignements sur les soixante-quatre Apis, dans la Bibl. égypt., t. XVIII, p. 203; cf.
p. 242.

4. Histoire ancienne des peuples de l'Orient, 6e édit., p. 38.

5. Plutarque, De Iside, xliu.

recueil, xxxviii. — troisième sér., t. vi. 5
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