Revue égyptologique — 1.1880

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Premier extrait de la chronique démotique de Paris.

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A cette époque, — comme à celle du grand-prêtre de Sais, dont nous avons reproduit
l'inscription, — il y eut bien des hésitations peu courageuses, bien des abaissements dans
les caractères. Certaines gens, se désintéressant du sort de la patrie, songèrent d'abord à ce
qui pouvait les concerner, et peu ou point aux destinées communes. D'ailleurs, il n'était pas
toujours facile de distinguer les amis et les ennemis, puisque, depuis Amasis surtout, c'était
des Grecs, de même pays et de même fortune, qui combattaient en première ligne dans les
deux camps, et que les Égyptiens comme les Perses étaient rejetés au second rôle. Nous
avons trouvé à ce sujet une curieuse inscription d'un brave Egyptien « que prirent, sous le roi
» Nechtaneb, les Medes et les Grecs, sans que le dieu Xem-min, (Pan de Panopolis, ou ujmhO,
» leur permit de lui faire aucun dommage. Son nom reste devant Xem-min le chef de la montagne,
» à jamais » ! On voit qu'au milieu des malheurs de la patrie et de ses préoccupations per-
sonnelles, qui l'émouvaient beaucoup plus, notre homme considérait également tous les étrangers
comme ennemis, sans trop se préoccuper sous quel drapeau ils servaient, puisqu'il mentionne
ici les Grecs comme une troisième nation distincte.

Ceci nous amènerait à parler des auxiliaires, que nous avons fait figurer dans le titre
même de cette étude. Nous aurions à examiner leur rôle dans les différentes guerres qui se
succédèrent depuis Amasis jusqu'à la conquête d'Alexandre. Mais ceci nous mènerait trop
loin, et nous entraînerait hors de notre cadre. Une seule question capitale se présente à
nous, et il faut avouer qu'elle est fort obscure. Quel fut lors de la conquête de Cambyse le
rôle de ces Grecs, sur lesquels Amasis comptait tant? — Tout me fait penser qu'il ne fut
pas si avantageux que l'avait espéré le roi égyptien. — Hérodote lui-même nous fait observer,
dans son récit de la campagne, que Cambyse avait amené avec lui les Ioniens ses sujets.
Or c'était des Ioniens aussi qui servaient d'auxiliaires en Egypte, suivant le témoignage du
même auteur. Hérodote ajoute que le traître Phanès avait sur ses compatriotes la plus grande
influence, et s'il nous dit de plus que la garnison de Memphis, outrée d'indignation, égorgea
les enfants de Phanès devant leur père, il est permis de supposer que les Egyptiens eurent
une grande part à cet acte, dont il fait honneur à la loyauté des Grecs. D'ailleurs ne nous
raconte-t-il pas aussi que la population de Memphis sortit en délire au moment où les Mété-
linois parlementaient par l'ordre de Cambyse avec la garnison grecque de la citadelle du
mur blanc, et massacra tous les envoyés du Perse? Il ne s'agissait certainement pas ici des
Grecs, puisque les juges royaux du vainqueur ordonnèrent de tuer dix Égyptiens pour chaque
Mételinas. Les auxiliaires Ioniens firent-ils donc pour Amasis ce qu'ils avaient fait pour Apriès?
Luttèrent-ils d'une façon simulée et traitèrent-ils secrètement pour eux-même avec les ennemis,
parmi lesquels ils voyaient leurs compatriotes? C'est assez probable. Car on leur laissa, sous
les Perses, leur garnison de la citadelle de Memphis, leur quartier (tout Ionien) dans cette ville
et leurs principaux campements. Quant aux Égyptiens, ils accusèrent toujours les Grecs de
tout le mal. Nous avons, sur le même côté du papyrus, une colonne retournée en ordre inverse,
et qui contient en deux longs paragraphes leurs doléances à ce sujet Malheureusement les

i Ces deux strophes poétiques semblent poursuivre les auxiliaires grecs (dont ils affirment complète-
ment la responsabilité collective) jusque sous l'époque pendant laquelle les Athéniens eux-même venaient
aider dans sa conquête de l'Egypte devenue perse le roi Lybien Inarus descendant de Psammétique, selon
Hérodote, et qui avait eu soin de conserver la politique philhellône de sa famille, ainsi, du reste, que

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