Revue égyptologique — 1.1880

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Eugène Revillout.

LE RECLUS DU SÉRAPÉUM,
SA BIBLIOTHÈQUE ET SES OCCUPATIONS MYSTIQUES,

SELON DE NOUVEAUX DOCUMENTS DÉMOTIQUES.

Mon regretté maître et ami M. Brunet de Presle a depuis longtemps attiré l'attention
des savants sur le genre de réclusion religieuse de Ptolémée, fils de Glaucias, dans le Séra-
péum de Memphis, réclusion tout à fait analogue — nous l'avons prouvé ailleurs1 — à celle
du grand fondateur du cénobitisme chrétien, S* Pacliome; (alors qu'il était encore payen,)
dans le Sérapéum de Chenoboscium (ujcïiccht).

Voici comment s'exprime notre savant maître2:

«Ptolémée, fils de Glaucias, joint toujours à son nom dans les papyrus la qualification
de Ttov y.xTî/wv ou "wv ev v.a.-cyr,'. s,v ton ^poç Msij.çs: [/.syoÛMi Eapaiwsiux.

»Ce mot de -/.a-royc; a d'abord embarrassé. Dans un premier essai de traduction,
M. Letronne l'avait rendu par un de ceux qui sont possédés dans le grand temple de Sérapis.
Ka-zzyzz signifie en effet souvent qui est inspiré, qui est plein de l'esprit d'une divinité. Amen 1
emploie ce mot en parlant d'Action qui importa les mystères de Cérès en Sicile Aï^ïjTpoç
■/.y.: KopVi<; ■i.y.-.zyzz yspo^evo?. Plutarque4 dit que dans le deuil d'Apis ceux qui accompagnent
son corps s'agitent et poussent des cris comme les possédés dans les orgiasmes de Bacclius,
uzt.zz z: v.y-z-/z\ vi -.ziz rapt Atovucov opyiaa^oiq, et Héliodore5 compare des danseurs qui
pirouettent sur eux même à des y.azoyci. Flavius Josèphe11 se sert du substantif y.a-o/;/; dans
le sens de détention, prison7. L'étude des papyrus a fait connaître un sens nouveau qui
s'applique à un usage particulier de la religion égyptienne. On y voit que -Aa.xoyj,8 exprime
une réclusion, non pas afflictive, mais volontaire et religieuse, une sorte de claustration, par
suite d'une consécration ou d'un vœu9.

«Notre Ptolémée ne manque jamais, dans ses pétitions, de rappeler les dix ou quinze
ans qu'il a passés sans sortir du temple. Cet usage paraît s'être propagé avec le culte de
Sérapis. Dans une inscription de l'an 211 de notre ère, recueillie par Chandler 10 et citée
fort à propos par M. Bern. Peyron, un certain Papinius, qui prend le titre de philosophe,
rappelle sa consécration à Sérapis : z-r/.y.-.zyjfly.z tut -/.upiwt SapofràSi.

« Une autre inscription (n° 88 de Chandler) que je trouve indiquée dans une note
manuscrite de M. Letronne, mentionne les ■mtoyoi tju ayiou oupaviou Atoç. M. Hase, dans la

1 Rapport sur ma mission d'Italie, p. 38.

- Mémoire sur le Serapeum de Memphis, p. 17 et Slliv.

3 Amen, ap. Eustath. Odyss., éd. 1528, p. 13.

4 Plut., De IsH. et Osirkl., ch. XXXV.

5 Hclioclore, Aethiop., 1. IV, chap. XVII.
c Aut. Jud., Cil, chap. III.

1 Ce sens est encore tiré de xats^w posséda: Le prisonnier est en puissance de justice, in manu
judicis. Le possédé est aussi spirituellement in manu Dei, et le reclus l'est corporellement. Tous ces sens
viennent fort logiquement l'un de l'autre.

s Sur cet emploi du mot x<*toy7] consultez Keuveus, Lettre à M. Letronne, t. III, p. 84.

9 Bernardino Peyron, Papiri greci del Museo britanniœ de Londra e délia bibliotheca Vaticana, Torino
1841, p. 13.

10 Chandler, Inscriptant Oxon., 1774, p. 3(5. — Bern. Peyron, p. 14.
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