Revue égyptologique — 1.1880

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Le eeclus du Séeapéum, etc.

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nouvelle édition du Thésaurus, en exposant cette signification nouvelle du mot rpta-roxoc, a
cité un passage presque analogue de Claude Ptolémée. Enfin, dans le poëme de Manéthon,
sur l'influence des astres, quelques vers me paraissent se rapporter à ces cénobites païens1:

«Ceux qui naissent sous une certaine conjonction de planètes deviennent, dit-il, des
» inspirés et des devins. Les uns, se tenant dans les temples, expliquent les songes ; ceux-ci
» liés à toujours dans les cloîtres des dieux, sv v.y-oyj^i 9eo>v, ont enchaîné leurs corps de liens
» indissolubles. Leurs vêtements sont sordides et leurs cheveux semblables aux crins hérissés
» des chevaux ombragent leurs têtes sinistres. Ceux-là, dans leur fureur religieuse, armant leurs
s main d'une hache de fer à deux tranchants, ensanglantent leurs propres corps. »

« On ne voit pas, dans la correspondance de Ptolémée, de traces d'une semblable exal-
tation religieuse ; mais le soin avec lequel il a recueilli par écrit ses rêves et ceux de diverses
personnes de son entourage peut faire supposer que les reclus du Sérapéum s'attribuaient un
caractère fatidique. On pourrait citer à l'appui de cette supposition quelques passages des
discours sacrés du rhéteur Aristide, composition singulière où quelques personnes ont cru
trouver un exemple manifeste de l'emploi du sommeil magnétique dans les temples d'Esculape
et de Sérapis.

«La réclusion de Ptolémée, fils de Glaucias, dans le Sérapéum, paraît avoir été fort
stricte : non-seulement il ne pouvait sortir, mais lorsque le roi ou quelque magistrat montait
au temple, c'est seulement à travers la lucarne de sa cellule, o'.a -cou QupiS'.îu2, qu'il les entre-
tenait. Pour soigner ses intérêts, il obtint que son jeune frère serait inscrit dans une des
compagnies de la milice de Memphis et qu'il en toucherait les appointements sans être tenu
de faire aucun service, afin d'être toujours à sa disposition:s et de le protéger au besoin;
car il paraît que malgré son caractère religieux, Ptolémée comme Grec était en butte à
l'animadversion des prêtres égyptiens du temple. Il s'en plaint dans une pétition au roi,
publiée par MBnr Maï dans le tome V des Classici autores. »

J'ai justement retrouvé en démotique un récit de songes fort analogues à ceux que
rédigeait en grec Ptolémée, fils de Glaucias, et qu'il ne sera pas inutile de rapprocher des
données reproduites plus haut par M. Brunet de Presle.

Dans le premier de ces songes, l'auteur se promenait sur le dromos d'Osiris avec une
femme, qu'on nomme Tavé, vierge. Il parla avec elle en lui disant : Tavé, est-ce que ton
cœur n'est pas triste? . . . Elle répondit que sa sœur Taous la tyrannisait.

Dans le second, un homme lui disait : Apollonius, tu es Grec; et Hormen.__qui est
Égyptien, t'a dénoncé au grand prêtre.

Dans le troisième, il était dans la maison lorsque son frère (Ptolémée?) passa en
pleurant.

1 Manéthon, Apotelesmatica, I, 1, v. 235 et suiv. — « Un passage d'Épiphane (adv. Haeres., III, XI)
qui m'a été signalé par M. A. Matjby, semble le commentaire de ces vers de Manéthon.»

2 Dans mon Rapport sur ma mission d'Italie, p. 38, j'ai rappelé cette autre réclusion si stricte de
l'Égyptien S* Jean de Lycopolis, qui, lui aussi, ne sortait jamais de sa cellule et entretenait à travers une
lucarne, cêoAçav. hujots-ujt, les magistrats et les tribuns romains qui venaient le consulter.

3 Les jumelles avaient aussi leur frère pour les servir, o:«-/.oveiv, et cet usage se retrouve également
pour les reclus et solitaires chrétiens d'Égypte. J'ai montré dans le précédent numéro de la Revue, à propos
d'une aventure de S' Macaire, combien était important parfois le rôle de ce personnage qui servait de
répondant au solitaire, et pour lequel on avait conservé l'antique expression : neTOb-i^RCmei.

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