Revue égyptologique — 1.1880

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Union légitimée apbès séduction.

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UNION LÉGITIMÉE APEÈS SÉDUCTION.

Ce qui fait le sujet de cet article est extrêmement simple et très fréquent, paraît-il, de
l'autre côté de la Manche. Il s'agit d'un marchand qui avait établi son fonds de commerce
dans une maison qu'habitait une jeune fille assez avenante. Cette jeune fille et lui se lièrent
bientôt et finirent par avoir des relations trop intimes. Les parents qui n'attendaient, ce
semble, que cette occasion pour intervenir dans une aventure préparée par eux tout à fait
à l'anglaise, les parents, dis-je, se fâchèrent violemment, firent entendre des menaces, et en
même temps, eurent bien soin de faire main basse sur tous les hommes 1 possédés par Petkes,
ainsi que sur les registres indiquant les affaires non encore soldées de son fonds de commerce.
Petkes, qui craignait pire destin, fut obligé de se soumettre, et on lui fit rédiger aussitôt
plusieurs actes consécutifs.

Les deux premiers, malheureusement très effacés, furent écrits sur un seul papyrus, qui
fut ensuite plié et cacheté en forme de lettre, pour être remis sans doute à la jeune fille.
Dans un paragraphe, écrit sur la partie supérieure du document, Panofré surnommé Petkes
disait brièvement à la femme Tanofré, fille d'Amenhotep et de Tahet, qu'il faisait le serment
solemnel de ne lui enlever rien de ce sur quoi ses parents avaient mis la main. Cette promesse
était confirmée à la fin par une adjuration au roi Ptolémée, fils de Ptolémée et d'Arsinoë,
les dieux frères, à la reine Bérénice et à tous les dieux. Nous avons déjà eu l'occasion de
prouver, à propos des fermages de terrain, (sur lesquels nous aurons bientôt à revenir,) que
ce serment par le nom des rois était très employé en Egypte à toutes les époques. Dans
certains cas il était même exigé par les circulaires ministérielles. Mais celui de Petkes était
rédigé sous une forme trop sommaire, et d'ailleurs, il n'était pas daté. Aussi le père de la
jeune fille exigea-t-il que l'acte fut de suite recommencé au bas de la même feuille. La
nouvelle copie débute ainsi :

« L'an 17, le 30 du mois de Phaménoth, sous le règne du roi Ptolémée, fils de Ptolémée
» et d'Arsinoë, les dieux frères. Le marchand Panofré, surnommé Petkes, fils de....., dont

1 De quels hommes notre acte parle-t-il"? et à quel titre Petkes les possédait-il ? — 11 est certain qu'il
ne s'agit pas des liturgies funéraires que les choachytes se cédaient l'un à l'autre, mais en laissant les
morts dans leurs catacombes. Petkes est un marchand et il avait chez lui les hommes en question. —
S'agirait-il d'esclaves? — Je l'avais d'abord pensé et j'en doute encore. La clause dans laquelle il est
question d'emmener les hommes susdits paraît favorable à cette opinion, en indiquant des vivants. Mais
pourquoi alors établir leur état civil, parler de leurs frères, dire que tel était fils d'un laboureur etc.? Ceci
nous amènerait à l'idée d'un esclavage très différent de celui des Grecs et des Romains et beaucoup plutôt
comparable à l'esclavage juif n'enlevant à l'homme qui s'était vendu lui-même par détresse ni sa généalogie
ni sa dignité humaine. — Mais ne pourrait-on pas penser aussi à cet usage décrit par Diodore de Sicile et
auquel semble faire allusion une adjuration dômotique de Turin, usage d'après lequel les Égyptiens emprun-
taient en mettant en gage le corps de leurs parents, qu'ils étaient obligés de racheter à bref délai, sous peine
de déshonneur? Le soin avec lequel on indique les parents, (peut-être encore vivants,) des hommes en question
semble favorable à cette hypothèse, que contrarie seul le mot en eme emmener. Mais emmener peut avoir
été pris, par honneur pour les défunts, dans le sens d'emporter; et l'on peut croire aussi que le mot traduit
par nous aliéner, aliénation, et qui ne se rencontre dans aucun autre document connu, avait plutôt le sens
propre, très voisin, dégager, dégagement. C'est ce que l'avenir nous apprendra; mais en attendant j'ai voulu
laisser le doute entre les deux solutions indiquées plus haut et qui seules sont possibles.
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