Revue égyptologique — 1.1880

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Entretiens philosophiques d'une chatte et d'un chacal.

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De qui donc pourra-t-on écarter la mort? — On dit : Celui qui tue, quand il tue, ou celui qui
fait tuer, mourra lui-même. — De qui sur le monde les dieux prennent-ils soin, depuis la mouclie
sir qui est plus petite que tout au monde, jusqu'au monstrueux oiseau serref qui n'a aucun
animal plus grand que lui "? — Le bien, le mal que l'on fait sur la terre, c'est Ba 1 qui le
fait recevoir en disant : Que cela arrive! — On dit : Je suis petit de taille; mais Ba me
voit. Comme sa vue, de même son flair, son audition. Il voit ce qui est dans l'oeuf. — Mais
celui qui mange un œuf est comme celui qui tue. — Le sang des victimes du meurtre, on
ne le fait pas parvenir en sa présence. — On dit : Ils meurent. Mais on recherche leurs os
après leur mort. — Ils ont besoin d'occuper - les dieux et les hommes de leur sang pour
calmer leur cœur. — La mort vient après la vie. On ne peut éloigner cela. — Je te ferai
même savoir, 0 chatte, que toi-même tu n'es pas celle que l'infortune ne frappera point. Je
t'apprendrai que la chatte meurt comme une autre, cette immortelle. Et pourtant c'est la
fille du soleil.

La chatte éthiopienne rit alors. Son cœur s'adoucit aux paroles qu'avait dites le petit
chacal Kpufi; Elle lui fit cette réponse véridique : Je ne te tuerai pas ! Je ne te ferai pas tuer.
Ma honte rend témoignage au mal comme à tous les bons commandements3 qui t'ont été
donnés. Pourquoi ma face te serait-elle hostile, alors que tu n'as fait aucun mal après tous
ces bons commandements? Tu as écarté de mon cœur la flamme de la colère et l'as fait
revenir à la joie.

La chatte mit aussi un terme à la discussion, et nous voyons, de suite après, le chacal
Koufi, aborder le sujet intéressant des aventures du lion.

(La suite prochainement.)

n-iam ce qu'il traduit «le poisson yenfi et le poisson aba/ de mer». Mais il est certain que yenfi est le
mot copte ujiKje-ujeiiqi squama piscium. (Voir Psyron, Lex., p. 299.) Le poisson est alors détermiuatif
générique comme l'avait bien compris M. Brugscii dans sa Gramm. dém., § 42. Quant à abà.% détermine aussi

par le poisson, on ne peut l'identifier avec certitude. Le seul mot rapproché est "^É^ tortue (von'
Pibbket, Dict., p. 70). Le mot : «de mer» indique qu'il existait des aba% de mer et des aba% d'eau douce.
Notons qu'en démotique les déterminatifs sont généralement beaucoup plus génériques qu'en hiéroglyphes.
Tout ce qui se rapporte à des êtres marins est déterminé par le poisson s'agit-il même du pêcheur, de
même que ce qui vit dans l'air est déterminé par l'oiseau depuis la mouche jusqu'à l'aigle, et ce qui vit
sur la terre par la peau de bête ou par le serpent, alors même qu'il ne s'agit pas à proprement parler de
vrais quadrupèdes ou de vrais reptiles. Les insectes hont, skenkes etc. nous offriraient de bons exemples de
cette règle fort bien exposée dans la Grammaire démotique de M. Brugscii. Les déterminatifs spécifiques ne
se trouvent parfois en démotique que dans les papyrus de Leyde, tous deux d'époque romaine.

1 Le soleil, dieu suprême chez les Égyptiens, surtout à cette époque.

- Mot à mot remplir ^0^=^= OU ^ |j] ^. (Dict. de Brugsch, p. 1013.)

3 Set nofre nim nent annaru nak «tous les bons commandements qui t'ont été faits». Je traduis
ait par commandements parce que ce mot se trouve plus haut, quand il s'agit de celui qui tue (peut hotebj
et de celui qui ordonne de tuer (peut sit hotebj. La même expression se retrouve dans le Rituel funéraire de

Pamont (p: 16 de mon édition). Là où les hiéroglyphes de la confession négative portent : i ,- "vs,
/-—a— 6 fi q —«— -n /— a. m ff _ T , . *~w« —y -œ^

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i__y \-£jfcK<uZ>, ' n''" Pas .Ie n'ai paiTordonné de

tuer par ruse, » lcTdômotique portait pour la dernière phrase : "ani set er sam n t'e n at'l «Je n'ai pas
ordonné de tuer par trahison. » Sel ou sit correspond donc à J ordonner, commander. C'est même à ces

commandements du chapitre 125 du Rituel, véritable décalogue égyptien, que semble faire allusion la chatte
éthiopienne, ici et plus haut, quand elle dit : je ne te tuerai pas, je ne te ferai pas tuer.
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