Revue égyptologique — 1.1880

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La question du divorce chez les Égyptiens.

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»main. Ils sont au complet sans aucun reliquat. Si tu t'en vas, tu t'en vas avec eux. Si tu
» restes, tu restes avec eux. Je t'établirai pour femme. Mais si tu t'en vas, je te donnerai
» tes biens de femme, énumérés ci-dessus, en outre de tout ce qui est écrit ci-dessus etc. »
Que les objets aient existé, je le crois, en dépit de ceux qui, d'après l'acte lui-même, pour-
raient penser qu'elle ne les avait jamais apportés à la maison avec elle. Mais il est certain
que leur valeur a dû être beaucoup majorée, puisqu'on spécifie avec tant de soin, qu'ils
doivent être payés en argent et que la femme n'aura à faire aucun serment sur leur esti-
mation réelle. Il ne serait pas non plus impossible que des objets analogues, quoique d'un
moindre prix, aient été donnés par le mari à la femme comme corbeille de noce, absolu-
ment comme l'argent que le mari Memphite spécifie devoir payer, soit le jour du mariage,
soit le jour du divorce. La seule mention du jour de mariage prouve bien qu'il s'agit d'un
apport fictif.

Mais ici se présente une nouvelle question, très importante à résoudre. Que signifie
l'indication de Y établissement comme femme distingué d'une façon si explicite de la prise pour
femme, et qui en était séparé de telle sorte, que le mari pût dire dans l'acte de Memplus :
(Je te donnerai 150 argenteus), « soit au moment où je t'établirai pour femme, soit au moment
» où tu t'en iras de toi même », et dans celui de Thèbes cité plus haut : « Je t'établirai pour
» femme ; mais si tu t'en vas, je te donnerai tes biens de femme ci-dessus, en outre de tout
» ce qui est écrit ci-dessus, comme il est écrit ci-dessus ». Il y a là un parallélisme curieux,
qui mérite d'être étudié.

Remarquons d'abord que le même parallélisme, existant ici entre l'établissement pour
femme et le divorce permis à la femme, se retrouve aussi dans les anciens contrats de
mariage entre l'établissement pour femme et le divorce permis au seul mari. En effet, nous
avons été obligé, au commencement de cet article, d'écourter, pour plus de clarté, les formules,
afin de nous renfermer dans la question du divorce. Mais il faut savoir que dans tous les
anciens textes on lit les mots : « Je t'établirai pour femme » immédiatement avant la phrase :
«Si je te méprise, si je prends une autre femme que toi». L'acte de l'an 11 de Pbilométor,
qui, comme nous l'avons dit, sert de transition entre les deux époques, et permet le divorce
aux deux conjoints, répète même deux fois : « Je t'établirai pour femme » ; une fois avant la
mention antique du divorce du mari; et une fois avant la mention moderne du divorce de
la femme. Évidemment, il y a là plus qu'une simple rencontre. Il y a un rapport voulu.
Mais quel est-il? J'avoue qu'il m'est fort difficile de faire à ce sujet une réponse définitive.

Lors de la publication de mes premiers contrats de mariage démotiques, j'avais déjà
bien vu l'opposition apparente qui se trouve, dans tous les textes de ce genre sans exception,
entre les mots : «Je te prends pour femme» et les mots : «Je t'établirai pour femme».
Comme plusieurs contrats, et spécialement celui de Paris, spécifient que la pension alimentaire
doit être payée une année, j'avais conclu qu'il y avait un an d'intervalle entre la prise pour
femme et l'établissement pour femme. Il me semblait voir là une sorte de noviciat matrimonial
d'un an (comme les anciens noviciats monastiques), noviciat pendant lequel il pouvait naître
un enfant légitime, un fils aîné, qui devenait de droit maître de tous les biens du père en
cas de divorce provoqué par celui-ci. Mais j'ai renoncé depuis à cette opinion en lisant
expressément dans d'autres contrats que la pension alimentaire devait être payée tous les
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