Société de l'Histoire de l'Art Français [Editor]
Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art Français — 1912

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respecté de tous, le duc de Bourbon-Penthièvre. Descen-
dant illégitime de Louis XIV, le duc s’était concilié des
sympathies presque universelles par son affabilité, sa cha-
rité et aussi par la dignité triste de sa vie, écrasée sous le
poids d’un affreux malheur, la mort de son fils Lamballe.
A Ghâteauneuf, où il possédait un château, acquis après la
vente au roi de Rambouillet, il avait été élu commandant
de la garde nationale; on l’avait prié d’assister à la fête de
la Fédération, et comme il avait demandé s’il pourrait se
mettre à l’abri, en raison de son âge, les habitants s’étaient
empressés de lui construire une tribune, en s’excusant de
n’y avoir pas songé d’eux-mêmes. Même son attitude très
nette à l’égard de la Constitution civile n’avait point affai-
bli la bienveillance populaire : on l’appelait « le bon sei-
gneur ». Cet homme, qui ne prenait aucune part aux luttes
des partis et semblait réfugié dans une mission de bienfai-
sance, semblait qualifié entre tous pour sauver un dépôt
des vicissitudes politiques; ses terres de Châteauneuf, de
Chanteloup étaient voisines de Blois, et le transport
d’œuvres d’art facile; aussi, est-ce à Penthièvre que
l’évêque de Blois s’adressa. Et Penthièvre accepta : d’autres
nobles, parmi lesquels le prince de Conti, étaient déjà
venus à lui qu’il n’avait pas repoussés; il devait avoir
pour agréable de rendre service à l’évêque de Blois, son
voisin de campagne et son évêque.

Le contrat fut signé à Paris : Thémines fut représenté
par un agent muni d’une procuration signée à Bayonne;
le duc de Bourbon, par son secrétaire des commande-
ments, Périer. Les deux parties étaient tombées d’accord
sur les clauses suivantes. La vente du Musée était géné-
rale ; le duc devait en jouir comme propriétaire, tant en
raison du présent acte « qu’en vertu de la tradition réelle
qui lui en a été faite par la translation de ces objets dans
la galerie du château de sa terre de Châteauneuf, dans
l’orangerie dudit lieu et dans son château de Chanteloup ».
Le prix était fixé à 100,000 livres payables à Thémines
ou ses ayants droit l’année du décès de Penthièvre,
« avec intérêts à 5 °/0, sans retenue à compter de ce décès ».
En garantie de cette somme, le vendeur recevait une
hypothèque générale sur tous les biens meubles et
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