Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 13.1862

Page: 71
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1862_2/0079
License: Public Domain Mark Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
L'ENSEIGNEMENT DES ARTS

IL Y A QUELQUE CHOSE A FAIRE

III

Certaines gens, dont la santé est parfaite, ne manquent pas de dire
qu'ils n'ont d'autre médecin qu'eux-mêmes; vienne la maladie, ils
envoient bien vite chercher le docteur et perdent instantanément ton le
confiance en leurs connaissances médicales. Mais combien est-il de per-
sonnages respectables et jouissant de leurs facultés mentales, qui se
croient tout de bon architectes un matin, et disent, comme mademoi-
selle de Rambouillet : « Vite, du papier, un crayon, j'ai trouvé ce que je
cherchais; » qui, sur quelques linéaments jetés au dos d'une lettre,
mandent leur maçon ou leur tapissier, et bâtissent ce qu'ils appellent un
château. La maladie survient, c'est-à-dire le château est bâti sans rai-
son ni goût, il craque de tous côtés, les escaliers ne peuvent se déve-
lopper, les cheminées mettent le feu aux planchers; c'est alors qu'on a
recours à l'architecte. Celui-ci, en face du moribond (je veux dire du
château), met un emplâtre par-ci, un étai par-là, essaye de sauver la
bâtisse et de la rendre habitable; il endosse les bévues faites et laisse
au propriétaire architecte l'honneur d'avoir conçu et fait exécuter, sous
sa direction, une demeure supportable. Dès lors le châtelain passe pour
un homme de goût, et ses amis ne font rien construire sans avoir au
préalable pris ses conseils. Le premier venu ne peut envoyer demander
chez le pharmacien la moindre drogue, et ne saurait, sans être cité en
police correctionnelle, passer son temps à soigner ses amis malades;
mais il est permis à tout particulier oisif, non-seulement de se faire
loading ...