Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 19.1879

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

peintures réunies clans cette chambre, les guides, les livres ouïes voya-
geurs lui ont appris qu’elles étaient de Michel-Ange, de Raphaël, de
Titien..., et ces noms bien connus, même de ceux qui ne connaissent
rien en fait d’art, lui ont donné la plus haute idée des richesses que
renferme la Tribune de Florence. Aussi, lorsqu’il lui arrive de faire, pour
la première fois, le voyage d’Italie, n’a-t-il pas assez cl’admiration pour
ce qu’on peut appeler le salon d’honneur de la Galerie des Offices. Il
n’oubliera plus aucun des noms qui sont inscrits sur les cadres, au bas
de chaque tableau, et bien sûr d’avoir vu ce qu’il y a de plus beau dans
le monde en peintures et en sculptures, il se consolerait au besoin de
n’avoir pas vu autre chose. Et s’il n’avait entre les mains un de ces guides
impérieux qui ne laissent pas au voyageur un moment de repos, il se
croirait dispensé de voir le reste de la Galerie des Offices, le palais
Pitti, la chapelle des Espagnols et celle des Strozzi à Santa-Maria-
Novella, les tombeaux des Médicis à San Lorenzo, les fresques de l’An-
nunziata, et celles de San Marco, et celles du Carminé, et tant d’autres,
et tant d’autres encore.

Il s’en faut bien, cependant, que la Tribune de Florence soit digne de
sa réputation, en ce qui touche les peintures, et les connaisseurs ont lieu
d’être surpris quand ils voient, par exemple, à côté d’un Raphaël divin,
qui est la Madone au chardonneret, un Raphaël douteux et plus que
douteux, la Vierge delPozzo] quand ils voient, au-dessous d’une mer-
veilleuse Vénus couchée du Titien, un Corrège si faible qu’il inspire aussi
des doutes, et en regard des plus grands artistes de diverses écoles, des
morceaux qui ne sont pas même les meilleurs qu’on aurait pu choisir
parmi les œuvres de la décadence.

En vérité, l’on se demande si c’est au hasard qu’on a formé la
Tribune de Florence, ou si les personnes qui présidèrent à la réunion et
à l’arrangement des tableaux, dans ce salon célèbre, étaient dépourvues
du sentiment de l’art, étrangères à toute critique et même à l’histoire
de l’art italien. Rien n’est, en effet, plus affligeant pour l’esprit et plus
désobligeant pour les yeux que de trouver, mêlés ensemble, l’excellent et
le mauvais, les choses exquises et les choses communes, car c’est dans
le domaine de l’art surtout qu’il n’est point de degrés, comme dit
Boileau, du médiocre au pire. Or la Tribune de Florence est justement
un endroit où le médiocre abonde, et, il faut bien avoir le courage de
l’écrire, sur les quarante-deux toiles qu’on y a rassemblées, il n’en est
pas plus de douze qui soient dignes de figurer dans une chambre aussi
fameuse, d’y figurer, disons-nous, à titre de chefs-d’œuvre.

Nous lisons dans les anciens Guides de Florence, à l’article de la Tri-
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