Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 19.1879

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LES CAFFIERI

PAR M. JULES GUIFFREY1

u temps où nous n’avions peut-être pas pour la tragédie
tous les respects qui, d’après les bons auteurs, sont dus à
cette forme sévère du drame éternel, nous n’habitions point
sans intermittence le parterre de la Comédie-Française.
Nous écoutions ravi les paroles ailées de Rachel, nous l’ap-
plaudissions dans ses fureurs; mais la grande charmeuse
n’était pas toujours en scène et, habiles à nous absenter,
nous ajoutions volontiers une rallonge à l’entr’acte. Chose
horrible à dire! le récit de Théramène a été parfois pour
quelques-uns d’entre nous une occasion de quitter leur place. Nous sentions de loin
venir le monstre aux écailles jaunissantes et nous évitions ses approches. On s’aver-
tissait par un signe cabalistique, et, gravissant d’un pied léger les escaliers solennels,
on allait, au foyer désert du théâtre, causer un peu avec Jean-Jacques Cafïiéri.

Ce Cafïiéri nous plaisait. 11 était de notre école. Ses bustes de Piron, de Thomas
Corneille, de La Chaussée, et surtout celui de Rotrou, nous séduisaient par l’agitation
de la silhouette, par la flamme du regard, par la belle liberté du travail. Et-en effet la
vertu du xvme siècle est là, et aussi sa folie; Cafïiéri représente, avec l’autorité de
l’esprit, une des façons les plus singulières d’interpréter la physionomie humaine, de
lui donner l’éloquence de la vie. Au point de vue d’un art plus intime et plus florentin,
que notre romantisme ignorait alors, on peut dire qu’il y a dans ces bustes tumultueux
quelque chose d’artificiel et une certaine outrance; mais l’originalité des œuvres reste
évidente, et il est démontré que Caffiéri, ce vaillant tailleur de marbre, a fidèlement
exprimé, selon la formule à la mode sous Louis XV et sous Louis XVI, l’aspect cava-
lier des figures et le remue-ménage des formes.

Notre génération n’a connu pendant longtemps, et le public ne connaît encore, que
Jean-Jacques Caffiéri, l’auteur des bustes du Théâtre-Français et de l’amusant petit
Fleuve, qui fut son morceau de réception à l’Académie royale et dont le Louvre a
hérité. Une recherche plus patiente devait nous apprendre que ce Caffiéri, le dernier

1. Les Caffiéri, sculpteurs et fondeur s-ciseleur s, élude sur la statuaire et sur l’art dubronze en Franc
au xvne et au xvme siècle, par Jules Guiffrey, avec sept gravures à l’eau-forte par Maurice Leloir, et
plusieurs fac-similé d’autographes. Paris, Morgand et Fatout, 1877, 1 vol, jn-8° de 544 pages.
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