Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 19.1879

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

tout entière, en tant que sentiment religieux, la supériorité d’expression
nous semble appartenir au vieux maître de Milan.

Ce maître, quel est-il?— C’est la question qui se pose immédiate-
ment devant un ensemble aussi considérable. Jusqu’à présent le plus
ancien document faisant mention de ces fresques et de leur auteur
se trouve dans le traité de Lomazzo, Milan 1581, au chapitre XIII des
règles de la perspective « dove medesimamente bisogna collocare il
punto in mezzo si corne hanno osservato molti rari prospettivi, e massimé
il maestro del Zenale, Yicenzo Civerchio cognominato il vecchio, in
alcune historié di miracoli di santo Pietro martire, in santo Eustorgio di
Milano, nella cappella di quel santo che sono sopra l’occhio quattro
uomini : dove si veggono i piani sfuggire e le altezze calore dolcissima-
mente. » Le témoignage de Lomazzo est ici d’un grand poids. Venu
moins d’un siècle après Civerchio, peintre lui-même et généralement
bien instruit de ce qui concerne l’école lombarde dont il fait partie,
comment Lomazzo aurait-il avancé à la légère une assertion que des
traditions récentes eussent aisément infirmée? Toutefois, l’étude attentive
de ces peintures ne permet pas de leur appliquer, à toutes, sans distinc-
tion et sans hésitation, le dire de l’écrivain milanais. L’on y constate
des différences assez tranchées. Si les têtes d’apôtres de la surface poly-
gonale, les docteurs et l’Assomption semblent bien d’un artiste du Nord
avec quelque vague reflet mantégnesque, l’influence florentine se montre
prédominante dans les autres compositions malgré le style tout lombard
des fonds et de l’architecture. Laut-il admettre la participation d’un
étranger, d’un Bonifacio Bembo dal Valdarno ou d’un Gaspare Bonino
de Crémone dont on constate la présence à la cour de Lrancesco Sforza
en lZi60? C’est se lancer en pleine hypothèse. Tout alors est admissible :
un temps d’arrêt dans la décoration; une transformation de manière à
la suite de quelque voyage en Toscane; la fin prématurée de Civerchio
nécessitant de confier à d’autres l’entreprise commencée et qui, en
réalité, ne fut jamais finie, car sans la mort de Portinari, arrivée le
11 octobre 1 Zi68, les parois inférieures de la chapelle eussent sans doute
été peintes. En dehors de l’extrait de Lomazzo, que nous avons donné,
et d’un court passage de son livre Idea ciel tempio délia Pittura où il le
nomme en compagnie des plus illustres maîtres, nous ne savons rien ou
presque rien de Civerchio. Vasari le cite en passant comme un très
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