Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 19.1879

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS,

n’a gardé que l’enseigne, le meuble disloqué, les fonds en demi-teinte où
s’épanche quelquefois un buveur. Avec quelle différence toutefois ! L’in-
congru ici ne l’est que pour la galerie, tandis que chez les autres, chez
les maîtres d’autrefois, il travaillait pour son compte, se gaussant des
regards. Torses empâtés, cols de taureau, faces camardes, trognes
sublimes ! c’est fini de vous ! L’épaisse ivresse flamande, si effrontée, si
paillarde et qui mettait aux prises autour des tables ribauds et ribaudes,
a chezMadou, pour demeurer dans les limites de la bienséance, l’œil du
garde champêtre.

Aussi bien le cabaret a changé de clientèle : c’est le trait distinctif
de Madou d’y avoir remplacé les Flamands par les Wallons. Nous sommes
sur la route de France; un rire plus fûté se mêle aux réparties; l’esprit
est plus narquois, la galanterie plus déliée.

Le grand vin de Rabelais accroche encore un reflet tremblotant au
verre de Béranger, et ce reflet va s’amoindrissant chez Désaugiers et les
fils dégénérés de la Folie. Ainsi en va-t-il de la gaieté des peintres.

Madou fut le Désaugiers du cabaret flamand.

CAMILLE LEMONNIER.
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