Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 19.1879

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MADEMOISELLE CONSTANCE MAYER ET PRUD’HON. 477

Pierre-Paul Prud’hon était, on le sait, le dixième enfant d’un tailleur
de pierres de la petite ville de Cluny. Une aquarelle que j’ai vue chez
M. Eudoxe Marcille et qui esi due à Augustin Thierriat, directeur du
musée de Lyon (1853), me permet de donner des détails précis sur
la maison qui abrita son berceau. Elle est de chétive apparence, com-
posée de deux petites pièces au rez-de-chaussée, d’une seule pièce au
premier étage et d’une dernière sous les toits. A côté de la maisonnette
et sur notre gauche s’élève un bâtiment qui devait servir de buanderie.

D’ensemble c’est bien mesquin, ce n’est point misérable. Les champs
ont cet avantage sur nos grandes villes que la pauvreté n’y affecte jamais
un air triste ou désolé. La nature, au contraire, y prête ses plus coquettes
parures à ceux que la fortune a déshérités. Où les ruines ont passé elle
jette son verdoyant manteau ; la place minée par le temps, elle la recouvre
de son abondant feuillage. Ainsi la demeure du tailleur de pierres nous
attire par son riant aspect. La vigne court le long de ses murs et en-
guirlande les fenêtres, des gerbes de verdure empanachent le toit, et
les grands arbres qui l’ombragent de leurs rameaux touffus réjouissent
et charment le regard du spectateur.

J’ai voulu savoir ce qu’était devenue la maisonnette dont Thierriat
nous a conservé la fidèle image et qui est située au fond de l’impasse
des Prêtres, sur la paroisse de Saint-Marcel. Elle subsiste toujours, et
M. le maire de Cluny m’informe qu’elle appartient à un certain M. Pou-
lachon, qui l’a fait réparer. M. Marcille père lui-même en avait consacré
le souvenir, lorsqu’eu 1853, il fit les frais d’une plaque en marbre blanc
qu’on plaça, non point sur la propriété de la famille Prud’hon, elle n’y
eût point été assez en vue, mais sur la maison voisine : celle du notaire
Pennet, beau-père de l’artiste. On y lit ces mots que je transcris tex-
tuellement :

ICI EST NÉ LE 4 AV1UL 1758
PIERRE-PAUL PRUD’HON
MORT A PARIS
LE 6 FÉVRIER 1823
DOM. MARCILLE A D M.

CREX MEM. 1 8 5 3.

Prud’hon était doué d’une sensibilité toute féminine que développa
encore la tendresse passionnée de sa mère, il parlait souvent à ses élèves
de l’amoureuse sollicitude qui entoura son enfance, et Mme Edmée de
Prucy a recueilli de sa bouche de touchants détails sur les visites qu’il
faisait, écolier, à la maison paternelle : « Il tombait chez sa bonne
mère à l’improviste : quelle joie!... En s’en allant il la voyait encore
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