Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 5. Pér. 1.1920

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS

renferment de nombreuses caricatures où se donne cours l’ironie mordante
des dessinateurs, aimant à braver l’autorité sous le couvert de la liberté de
la presse récemment conquise. Etaient-ils l’instrument d’un parti, ou bien
exprimaient-ils leurs propres opinions?

Henri Heine, en recherchant les causes de cette opposition, a soutenu que
beaucoup de ces images satiriques étaient l’œuvre des carlistes, pleins de haine
contre une monarchie usurpatrice. Au moment où se multipliaient les litho-
graphies représentant Louis-Philippe sous la forme d’une poire, il fait cette
observation’ : « La poire est toujours la plaisanterie populaire dans les cari-
catures... Les scorpions carlistes maltraitent le roi avec une audace d’autant
plus révoltante qu’on sait bien que le noble faubourg fait les frais de ces
feuilles. On dit que la reine en pleure. La pauvre femme les reçoit par l'en-
tremise zélée de ces ennemis intimes qu’on trouve dans toute grande maison
à titre de bons amis. » D’autres1 2 ont parlé d’une coalition de bonapartistes
unis aux légitimistes et aux républicains mécontents.

Dans ce mouvement iconographique, le courant n’est ni carliste, ni bona-
partiste. Ces images, pour la plupart, sont surtout l’expression de la volonté
du parti républicain. En elles s’exhale sa colère contre un prince qui l'offense
et, d’après lui, renie les principes au nom desquels le pays a chassé Charles X.
Ceux qui ont fait la révolution de juillet vont lui rappeler qu’il tient sa cou-
ronne « de la volonté nationale ». Les gravures satiriques sont pour eux une
puissante réplique aux « mensonges » de la Charte. Une fois la lutte engagée,
le pouvoir, obligé de compter avec la liberté de la presse, entame une série
de procès contre les dessinateurs et les journalistes.

Toujours prêts à braver la prison, ils se plaisaient à recommencer leurs
attaques. Ce qu’ils reprochent avec passion au « roi des barricades», c’est
d’avoir escamoté la révolution de i83o au lieu d’en tirer les conséquences
qu elle comportait. De i83o à 1835, un groupe d’artistes républicains pro-
clame dans deux journaux illustrés, la Caricature d’abord, puis le Chari-
vari, le principe de la souveraineté du peuple.

La Caricature fut fondée, le 4 novembre i83o, par Charles Philipon, qui
réunit une phalange de brillants collaborateurs, parmi lesquels Daumier,
Grandville, Monnier, Decamps, TraViès, Raiïet, Desperet. La publication
de cet organe ne se trouva arrêtée que par la loi de septembre 1835. Le
Charivari, créé le icr décembre i832, continua de paraître malgré la sévé-
rité de ces mesures nouvelles. Entre i83o et i835, la Monarchie de juillet

1. Henri Heine, De la France, Paris, éd. de i884, p. 113.

2. H. d’Alméras, La Vie parisienne sous le règne de Louis-Philippe; Paris, if)i r,
p. 36a.
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