Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 5. Pér. 1.1920

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ALFRED ROLL

(1846-1919)

Notre dernière rencontre remonte
aux premiers jours du dernier été. Je
le vois encore, dans son fauteuil de
valétudinaire, près de la porte de son
atelier, un volume du Saint-Simon des
« Grands Ecrivains » sur les genoux,
vieilli certes et portant sur son visage
amaigri les marques de l’âge et de la
maladie, mais conservant dans son port
de tête, dans son regard, dans son
sourire cette charmante expression de
noblesse morale, d’ardeur et de bonté
qui, jusqu’aux derniers jours, y prolon-
gea comme un reflet des plus belles
années de sa jeunesse. Notre ami com-
mun, Louis de Fourcaud, mort dès les
premiers mois de la guerre, fut d'abord
l’objet de noire causerie ; puis, au
hasard des propos, les souvenirs se le-
vèrent et, en moins d’une heure, nous
passâmes comme la revue rétrospective et mélancolique des Irois décades
écoulées depuis nos premières relations, bientôt muées en amitié ; noms et
figures d'amis disparus : Duez, Cazin, Fritz Thaulow, Constantin Meunier,
Dalou, — réunions mensuelles d’un dîner sous la in'ésidence souriante de
Puvis de Chavannes qui, laissait volontiers apparaître le Bourguignon robuste,
et à l’occasion « salé », dans l’évocateur des églogues héroïques de sainte
Geneviève, dîner très vivant où musiciens, peintres et écrivains se rencon-

POKTRAIT DE ALFRED ROLL
PAR LUI-MÊME (1908)
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