Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 5. Pér. 1.1920

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UN AQUAFORTISTE AMÉRICAIN

M. HERMAN-A. WEBSTER

ne classification que Ton peut faire utile-
ment entre les artistes est celle qui se
fonde sur la qualité de leurs dons na-
turels.

Il y a ceux qui, nés avec une nature
profonde, avec un besoin d’exprimer des
choses inconnues jusqu’à eux, doivent
âprement lutter toute leur vie afin que
leur main suive le cours impatient de leur
imagination. Ce sont ces âmes troublées,
souvent tragiques, qui traversent le monde
en jetant sur la vie la lueur d’une flamme tantôt brillante, tantôt à demi
obscurcie par le vent et la fumée des passions, des doutes, des espoirs et des
désespoirs. Ce sont les Rembrandt, les Goya, les Delacroix, les Cézanne.
Ces artistes, bien qu’ils soient de la race la plus pure, rattachent l'art aux
autres manifestations de la vie, et c’est en proportion de la force qui étreint
l’artiste, comme elle les étreint jusqu’à dépasser parfois les limites de l’équi-
libre, que son art atteint à sa plus grande valeur.

L’autre classe est celle des hommes qui ont été attirés vers l’art par un
don généreux de la nature, — don qui se traduit par un simple goût pour la
couleur, une facilité naturelle pour le dessin, ou encore par une habileté
consommée et le désir de créer quelque chose par le travail de leurs mains.
Cette classe se rencontre beaucoup plus fréquemment que la première : le
caractère de ses dons naturels lui assure un certain succès dans le monde.
Ces artistes n’ont, pas à subir l’épreuve pénible des longues années où ils
restent incompris : ils n ont pas à lutter contre les circonstances extérieures;
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