Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 5. Pér. 1.1920

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS

pointé d’ironie, de cet homme qui ne se réservait que pour se donner, quand
tant d’autres s’abandonnent.

L’heure était la bien venue lorsque, en 1890, las des habitudes surannées
du vieux Salon et d’être des écoliers auxquels on distribue des prix et des
accessits à un âge où Raphaël était mort, un groupe vibrant d’artistes jeunes
s’évada, drapeau llottanl et musique en tête, du Palais de l’Industrie aux murs
accablants. Pour leur drapeau ils se servirent curieusement de Meissonier,
qu’écrasait sa gloire viagère, mais de qui le départ était sans raison, et
que ne désignaient pour cet honneur que son mauvais caractère et son
orgueil, dont on profita. Et ce furent, en belle bataille, ces fêtes du Champ-de-
Mars, où, dans les quatre longues salles fameuses, autour du déploiement
enchanté de Puvis de Cliavannes, s’imposaient Besnard et Carrière, Roll
et Rodin, où Whistler voisinait avec Zorn, et Sargent avec Thaulow, et où,
dans le pourtour de la coupole, Gallé faisait chanter la délicieuse harmonie
de ses verres magiques.

Trente ans ont passé, qui sont la durée coutumière de l’effort humain,
et aujourd'hui M. Barlholomé succède à quatre présidents célèbres et iné-
gaux. A l'occasion de ce trentenaire, et afin de diminuer aussi la misère des
temps, la Société a organisé un « Requiem » en leur honneur, et en celui de
ses autres défunts qui furent illustres ouïe sont devenus. Ce « Requiem »
d ailleurs est mal composé.

Sans s’arrêter à l’envoi de feu Meissonier, qui est négligeable, on s’en va
d’un pas heureux vers Les Muses inspiratrices acclamant le Génie messager
de lumière : soulevées en leurs corps diaphanes, elles lui font l’offrande douce
do leur pensée. Partout la présence de Puvis de Chavannes est génératrice de
bien ; et quelle différence admirable se marque entre deux tels hommes, dont
l’un vécut dans le triomphe et l’autre dans la lutte ! Ce maître, grand parmi les
plus grands, de qui la simplification et, au delà d’elle, le symbole se définis-
sent toujours davantage jusqu’à la Sainte Geneviève veillant sur Paris, a donné,
avec neuf arbres égaux et presque indifférents et neuf femmes aux gestes
parallèles, le spectacle d’une eurythmie à laquelle ne parvient pas Giotlo
lui-même, et qui nous rassérène, qui nous dégage de nos atmosphères de
« métros » ou de « dancings » et se recommande aux mondaines .alanguies
et lasses de tout, surtout de soi. Ces Muses — retenues à Boston et que
nous représente ce carton sublime qu’il faut qu'avec ou sans loi l’État
retienne en France — jdanent : « Qui s’élève soulève le monde », a dit
sainte Thérèse. J’entends autour d’elles la musique de César Franck. On
a réuni ensuite, trop au hasard, de petites études et de petits morceaux dont
la beauté est continue — la Cabane du pêcheur, pleine de cette pénétration
de la nature, où n’arrivent que les artistes suprêmes admis aux lentes délices
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