Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 5. Pér. 1.1920

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS

la douceur évangélique d'une fresque de M. Marret, L’Adoration des bergers,
et ses bois en couleurs, intenses, lumineux, qui sont de magnifique imagerie.
Les Saintes Femmes de M. Sérusier ont, en leur modeste dimension, la majesté
des premiers quattrocentistes ; et une fresque encore, 1 Annonciation de
M. Daras, nous relire un instant du monde et nous relient parmi les anges.

Les trois grandes figurines de bronze de Mlle Thiollier, Saintes Femmes qui
se suivent, en marche vers le tombeau divin, dans la sobriété douloureuse de
leur acceptation, sont traitées avec une liberté, avec une netteté, qui en font
un morceau de maître : le catalogue vous dira que M11’ Thiollier est une pro-
vinciale de Saint-Etienne, ce qui est rassurant pour la décentralisation de
l’art. Qu’il y a de pureté dans la peinture de Mmc Jeanne Simon, dans
les teintes bleutées et plates de son Rosier mystique ! M"° Cadette-Simon (qui
est aussi Mrac Ducuing) expose une claire Annonciation dans un parc, avec un
regard de jeune Vierge qui ne comprend pas et interroge pieusement l’ange
confus et silencieux. Dans « Cause de notre joie», MmePengniez, en évadée de
l'École des Beaux-Arts, a peint prestement des enfants primesautiers autour
d’une Vierge bien trécentisle en sa longueur et même un peu byzantine :
voyez le coin ravissant du mouton sous les roses et le pré bien éclairé, qui
laisse le tableau dans un excès d’ombre.

Certains projets de vitraux cherchent à nous dire trop de choses. Ceux
mêmes de M. Maurice Denis sont compliqués : on y voit trop de feuillages,
trop d’accessoires, ainsi que dans son expressive décoration pour l’église de
Gagny, où sur la droite un magnifique paysage se découvre. Comment un
homme aussi épris de la simplicité — et il nous l’affirme trois pas plus loin
avec son exquise Vie de saint Dominique, si finement gravée par les Beltrand —
peut-il aimer le touffu, le confus, où se confondent, où s'étouffent de si jolis
morceaux? Peut-être M. Maurice Denis se laisse-t-il appeler par trop de voix,
et jusque dans sa naïveté même. Si je suppose qu'il a connu beaucoup de
peintres de Giotto à Puvis de Chavannes, il pourra répondre avec faci-
lité que moi, qui écris, j'ai rencontré, d’Homère à M. Georges Duhamel,
beaucoup d’écrivains. Sans doute on finit toujours par entendre parler d’eux :
le tout est de ne point se laisser dominer. Est-ce donc que M. Maurice Denis
soit dominé par quelqu’un ? Non ; mais n’est-il pas trop sensible à de
délectables souvenirs, qui lui font une innocence un peu moins pure
que, dans la solitude, ne le serait la sienne? N’ai-je point dit encore que
La Meilleure part était une œuvre délicieuse? La lumière intérieure de Jésus
qui songe, la mystique adoration de Marie émerveillée, l’humble soumission
de Marthe: sur quelle autre vision pourrais-je mieux m'arrêter?

1! TI E N n e n n i c O N

(Lu suite prochainement A
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