Revue égyptologique — 1.1880

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Eugène Revillout.

* Quand doiique Apriès fut ainsi destourné de la voie, Amasis... vint à régner ; mais du
» commencement les Égyptiens en firent peu de compte, parce qu'il estait simple citadin et
» de maison qui bien peu paraissoit. Depuis il les tira à soy par façon qui ne fut des
» moins subtiles. Entre autres siens meubles infinis, il avoit une tinne d'or, en laquelle lui et
»tous ceux de sa table avoient coustume laver leurs pieds par chacun jour. Il la fit fondre
»et d'icelle stamper une statue, laquelle il posa au lieu de la ville le plus propre et plus
» commode pour estre vue. Les Égyptiens affluèrent tantost cette part, et commencèrent
» d'adorer la statue avec grand honneur et révérence. Amasis, averty de telle adoration, fit
» convoquer le peuple, et adonc déclara comment la statue estoit faicte d'une tinne qui soûlait
» servir à laver les pieds, ad evomendum et ad mingendum1, et néansmoins estoit par eux
» adorée et révérée grandement. Puis leur dit : « Les choses sont aujourd'huy tellement
» avenues, que vous vous estes portés vers moy comme vers la tinne : car, encore que je
» fusse par cy-devant petit compagnon, toutesfois de présent je suis vostre roy et par ce
» j'entends que vous me rendiez tout honneur et que vous me teniez en respect tel que de
» raison. » Par ce moyen il gaigna tellement les Égyptiens, qu'ils estimèrent juste et raison-
»nable de se rendre subjects et obéissants à luy. »

Si tant est qu'il faille appeler ceci philosophie, ce n'est guère que philosophie cynique;
et cette philosophie, bonne pour en imposer aux foules pendant le succès, ne l'est point quand
viennent les revers. Et ces revers devaient venir. Ce fut à la fin même de ce règne que
les Perses se mirent en marche contre l'Egypte. Hérodote nous raconte2 au sujet des causes

«nouvel essai de traduction en vieux langage. Sans doute, il osa trop; mais il rendait, sans le savoir, un
«précieux témoignage au travail de Saliat, qu'une main discrète et savante eût plus légitimement rajeuni
»par l'exactitude, en respectant l'originalité do sa façon naïve.» Personne aujourd'hui ne pourrait aussi
bien que M. Egger remplir le programme qu'il a tracé. Il faudrait en effet réunir, comme lui, au degré le
plus éminent, l'art du style et la science des deux langues dont l'une doit être adaptée à l'autre quand
il s'agit de corriger les quelques contresens de la vieille traduction, langues dont il a fait ressortir, d'ailleurs,
les affinités remarquables. «Le grec d'Hérodote, dit M. Egger, c'est le français des bons prosateurs de la
> renaissance... » M. ïalbot s'est appuyé sur l'autorité de M. Eggek, sur celle de Montaigne, qui dans ses
très nombreuses citations d'Hérodote s'est servi constamment de la traduction de Pierre Saliat, sans que
le style en détonnât à côté du sien propre, etc., pour motiver une réimpression de cette traduction d'Hérodote,
faite sur l'édition de 1575. Mais il me paraît regrettable que, par un excès de scrupule, il ait respecté le
plus souvent jusqu'aux fautes d'interprétation, parfois assez graves, qui s'y rencontrent de loin on.loin. La
discrétion recommandée par M. Egger ne doit pas aller jusque là, à ce qu'il me semble. Elle ne permet
pas de remplacer une expression, sous prétexte qu'elle est vieillie ou qu'elle choquerait aujourd'hui dans
le français de notre époque, de rien changer dans une phrase qui rend fidèlement la pensée de l'auteur,
tout en- s'écartant un tant soit peu de l'exactitude littérale. Mais quand la traduction devient une trahison,
quand la notion historique serait fausse, alors, d'une main plus ou moins savante, coûte que coûte, il faut
intervenir sans hésiter. C'est d'après ce principe que j'ai cru devoir faire quelques rares changements aux
passages que je donne. Le texte que j'ai entre les mains et dont je me suis surtout servi me vient de mon
père; c'est un exemplaire rarissime de l'édition de 1580. J'ai également consulté celle de M. ïalbot,
principalement pour ce qui a trait à la division par paragraphes numérotés, division adoptée d'une façon
générale dans toutes les éditions modernes d'Hérodote et très commode pour les renvois.

1 Bien que ceci soit un travail d'érudition qui n'est pas destiné au grand public, mais au petit monde
des gens instruits et des lettrés, et où, par conséquent, plus facilement que partout ailleurs, il pourrait
paraître permis de citer textuellement Amyot, Pierre Saliat, Montaigne et les autres auteurs français du
10° siècle, sans rien changer à leur langue expressive et naïve en sa crudité, je remplace ici, par leurs
correspondants latins, deux mots français de cette traduction d'Hérodote, dont on pourrait incriminer la
fidélité par trop littérale dans ce passage. Le cynisme de l'allocution mise dans la bouche d'Amasis est
assez évident d'ailleurs.

2 Hérodote iii, 1.
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