Revue égyptologique — 1.1880

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Eugène Revillout.

telle ou telle ville, n'y avaient pas un service actif, leur était rachetée en partie par le
gouvernement à un taux qui, fixé d'avance, pouvait se trouver, par exemple, en l'an 24 de
Philométor, inférieur de beaucoup au prix moyen des grains, dans la même ville, à la même
époque. (Conf. pap. XIII, XV de Londres, S, T de Leyde etc.)

Plus tard il vint un temps où les empereurs romains, ayant établi une règle semblable,
en rendirent l'application générale, de telle sorte que les prix auxquels étaient estimées et
payées les annones des magistrats, assesseurs, employés et dignitaires de toutes sortes ne
variaient plus eux-mêmes avec le cours des grains, (Code de Justinien, livre Ier, titre 52.)

Les prêtres des temples d'Égypte furent-ils, à une époque quelconque, au nombre de
ceux qui pouvaient ou devaient faire changer en argent une partie des allocations qui leur
étaient attribuées en nature ? Eien ne le fait penser ; et, en tous cas, il est certain que ce n'était
point à une faculté de ce genre que se rapportait le mot apYup-.xaç dans le décret de Rosette. Au
contraire il s'agissait là de sommes fixes d'argent qui venaient en première ligne dans la ouvTa^iç;

A combien se montaient ces sommes pour le sérapeum de Memphis? Nous ne possédons
aucun document qui nous permette d'en juger.

Pour le grand temple de Thèbes, le sanctuaire vénéré d'Ammon-Ra, roi des Dieux,
plus riche au dire de Pausanias que ceux de Delphes et d'Orchomèiie, la somme versée
annuellement en cuv-aetc se trouvait indiquée dans un papyrus grec que M. Egger a publié.
Malheureusement c'est en ce point que le déchiffrement du texte peut laisser des doutes.
M. Egger a lu -a\ v) /iXiaç ety.oct, ce qui l'amenait à la traduction «un talent, mille vingt
drachmes de cuivre». Mais il s'est étonné lui-même de l'exiguïté de cette somme qui eii effet
serait surprenante ; car cela représenterait à peine pour toute la population d'un pareil temple
le sixième de la valeur qui était allouée pour des liturgies de peu d'importance à des fonc-
tionnaires d'un ordre inférieur, tels que les jumelles du sérapeum. M. Lumbroso a proposé
une correction. «Pour moi, dit-il, je n'ai jamais rencontré la somme un talent exprimée par
«tgcX sv », mais bien par «toX a», la lettre alphabétique représentant toujours un chiffre. Si
»... il y avait xaX <?> au lieu de yak ev, ce ne serait plus la somme d'un talent, mais de
» 250 talents de cuivre, laquelle ajoutée aux contributions en nature serait raisonnable. Mais
» nous manquons de facsimile et par conséquent de certitude. » Dans ce même doute il y
aurait eu à hasarder une autre hypothèse pour expliquer, après le mot talent, la présence
de ces deux lettres, qui ne peuvent guère, en effet, figurer l'unité, d'après le système habituelle-
ment suivi dans les papyrus grecs d'Égypte. La lettre s qui, représentant un cinq, ne
pourrait se trouver avant la lettre v valant cinquante, se trouve représenter cinq mille quand
un petit trait la surmonte. Si donc ce petit trait existait sur le papyrus, la somme versée
en Guvca;«; au temple d'Ammon aurait été de cinq mille cinquante talents, mille vingt drachmes
de cuivre. Le rapport de la drachme de cuivre à la drachme d'argent était en Egypte de
cent vingt à un. (M. Bernardino Peyron l'a deviné le premier, M. Lumbroso l'a admis, et
j'en ai trouvé des preuves décisives que je développerai dans un prochain article.) Cela ferait
donc en argent 252,508 drachmes et demie, somme qui n'aurait rien d'exagéré pour le vaste
corps sacerdotal d'un lieu sacré si étendu

1 M. Chasle, de l'Institut, qui possède ce papyrus, vient d'avoir la bonté de me le communiquer.
J'ai pu m'assurer que la lecture de M. Egqer était très exacte; car la somme est exprimée à la fois en
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