Société de l'Histoire de l'Art Français [Editor]
Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art Français — 1912

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ment vénitien, fort attaché à la vieille constitution
aristocratique, eut peur des idées libérales et des
Français qui pouvaient les représenter, les répandre
parmi les sujets de la « Dominante »; les résidents
français de nation ou de langue furent suspectés,
interrogés; les plus humbles garçons d’hôtel ou de
café, valets d’ambassadeurs, professeurs même de
langue ou de musique, étrangers ou touristes de pas-
sage furent espionnés, inquiétés, ammoniti, expulsés.
Le pauvre V. Denon ne put échapper à cette police
tracassière; il ne parut pas naturel qu’il fût venu rési-
der à Venise en dilettante et qu’il fit de la gravure,
qu’il l’enseignât gratis, par pur amour de l’art. Le
12 août 1790, il fut mandé par « MM. les illustrissimes
et excellentissimes inquisiteurs d’état » qui 1’ « exa-
minèrent » en détail ; biographie, installation à Venise,
moyens d’existence, correspondances avec la France,
fréquentations de Français à Venise, autres connais-
sances, relations de famille en France, il dut faire une
confession générale'1. Sa franchise, la loyauté de ses
réponses, ses offres de remettre aux inquisiteurs les
lettres de son beau-frère, de son « amie » Mme de
Montchevrel, ses opinions catholiques, son passé
royaliste, ses fréquentations de patriciens à Venise
(Memmo, les Querini, Soranzo, Valaresso, Tabia,
Molin), son intimité avec la noble dame Teotochi
Marini (sur laquelle on eut le bon goût de ne pas
insister) contentèrent les inquisiteurs; ils le laissèrent
tranquille, quoique sous une surveillance discrète.
Quelques mois plus tard, ses trois élèves, Sardi,
Cumano, Novelli, furent interrogés à leur tour; ils
confirmèrent, presque en termes identiques, ce qu’a-
vait dit leur maître et ami.

1. Cet interrogatoire et les autres pièces de la procédure
sont conservés à Venise, Archivio di Stato, Inquisitori, Pro-
cessi, 1240.
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