Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 2.1869

Page: 157
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SALON DE 1869

LA GRAVURE.

els qu’ils sont organisés, c’est-à-dire s’ou-
vrant à jour fixe et pour un temps déter-
miné, les Salons ont l’incontestable avan-
tage d’appeler la foule plus impérieusement
qu’à des expositions permanentes. Mais ils
ont l’inconvénient de lui laisser croire
quelle a sous les yeux l’ensemble com-
plet des productions récentes de l’art fran-
çais dans la peinture, la sculpture ou la
gravure. Ils l’habituent à tirer des consé-
quences trop générales d’une réunion
d’œuvres que le hasard — sinon des circonstances plus graves — a
pu décapiter de ses plus hauts morceaux. La valeur de l’Art ne s’établit
pas par une moyenne. D’ailleurs la statistique est une science aléatoire
dont les additions n’olfrent souvent que de monstrueux paradoxes. Si
l’on a compté deux centenaires dans la population hâve et grelottante
d’un village de la Sologne, il ne s’ensuit pas que la vie, même moyenne,
s’y écoule plus lentement qu’ailleurs; et lorsque Eugène Delacroix,
Théodore Rousseau, David d’Angers, Daumier, étaient exclus d’un Salon,
il n’en fallait pas conclure que la France ne comptait alors ni un peintre
d’histoire, ni un paysagiste, ni un sculpteur, ni un caricaturiste de haute
volée.

La gravure n’a jamais été et ne pourrait que difficilement être com-
plètement représentée dans les Salons annuels. Les graveurs en réputa-
tion ou à clientèle sérieuse s’y risquent seuls, forcés souvent par les
éditeurs qu’affriande la semi-publicité du livret. Encore ne montrent-ils
que les morceaux d’élite de leur œuvre, et non les gravures de moindre
effet qu'ils exécutent ou qu’ils dirigent pour les-publications courantes.
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