Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 2.1869

Page: 240
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1869_2/0251
License: Public Domain Mark Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
DAVID WILKIE

(QUELQUES EXTRAITS DE SA CORRESPONDANCE)

A MAC-DONALD1.

15 juillet 1805. De Londres.

eut-ètre aviez-vous pensé que je vous écrirais plus tôl. Par le fait,
il m’a paru bon d’attendre mon admission à l’Académie royale. Tout
ce que je puis avoir à vous dire, je vous le manderai ainsi d’un seul
coup. Imaginez-vous que l’Académie n’a pas ouvert ses portes avant
lundi dernier. Pour moi, six semaines durant, toute dépense ici a
donc été une dépense vaine. Inutile d’ailleurs de vous raconter en
détail ce qui m’est advenu depuis notre séparation : qu’il vous suffise de savoir que
j’arrivai ici le vendredi d’après notre entrevue et que j’y suis encore.

Parmi les objets qui tout d’abord frappèrent mon attention dès que j’eus mis pied
à terre; je dois mentionner l’exposition de Somerset-House ; elle m’a fort intéressé :
j’y trouvai des tableaux de toute description, les uns bons, les autres mauvais. Pour-
tant je me persuade aisément que ladite exposition est comparativement pauvre, ce
qui sera toujours le cas chaque fois qu’en première ligne viendront les portraits. Les
maîtres principaux dans cette branche de l’art me semblent être Opie, Hoppner et
Lawrence. Opie est un vigoureux artiste dont néanmoins le pinceau manque de pro-
preté. La seule peinture historique de grande dimension exposée cette année-ci est un
tableau de West, Thélis présentant à Achille son armure. En revanche, il est vrai
de dire qu’on l’a fort remarquée. Le dessin a de la majesté. Et pourtant j’aime moins
cette œuvre de M. West que certaines autres œuvres de lui qui me sont depuis lors
tombées sous la vue. Dans l’un des salons, je me suis arrêté devant une toile d’Allan
{Un Gamin et un Ane). Sûrement, avant le départ du peintre, vous avez dû voir en
Écosse ce tableau. Allan aurait pu mieux faire sans nul doute. Il y a là des ombres
aiguës, opaques, contrastant avec des lumières dures, des reflets secs, que je n’aime
pas le moins du monde : mais, dit-il, c’est ainsi qu’Opie parvient à produire ses effets.
Allan, du reste, est parti. C’est à Saint-Pétersbourg qu’il va chercher fortune. Il s’est
embarqué il n’y a pas plus d’une quinzaine. Yoilà qui certainement peut passer pour
un coup hardi. Notez bien, d’un autre côté, que c’élait là son idée fixe, et qu’il avait
résolu de partir n'importe en quelle contrée. Je lui souhaite là-bas bon succès.

1. Graveur, compatriote de Wilkie.
loading ...