Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 2.1869

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EXPOSITION DE LA ROYAL ACADEMY

l est d’usage aujourd’hui, parmi les cri-
tiques d’art gradés, de commencer leur
Salon en sollicitant l’indulgence du public
pour toutes les choses anciennes qu’ils
vont être forcés de redire. Ce n’est chez
mes confrères qu’une précaution oratoire,
un habile moyen d’éveiller l’attention sur
le brio des variations qu’ils exécutent sur
un thème toujours intéressant pour un
public français. Je n’hésite point à dé-
noncer leurs manœuvres.

Pour un critique qui traverse le détroit et va prendre ses notes sur
les bords de la Tamise, le cas est beaucoup plus grave et ne prête plus
aux jolis tours de phrase. Il aborde dans un pays dont il ne connaît qu’en
gros l’histoire, la langue, le paysage, les mœurs, les passions du moment.
S’il est peu confiant dans un critérium esthétique dont quelques-uns de
ses amis usent avec tant d’autorité, il craint au contraire de ne point se
faire assez Anglais. Il ne connaît qu’imparfaitement l’œuvre ou le caractère
des artistes qu’il va juger. S’il se raffermit, après quelques jours d’études
faites autant en pleine vie que dans les musées ou dans les galeries d’ex-
position, il frémit en pensant que ses lecteurs n’auront point subi cette
imbibition du climat, de la lumière, du costume, des traits du visage,
de l’allure des individus, qui expliquent, atténuent ou confirment ce que
nous appelons les défauts d’une école, et que les pieds sur leurs chenets,
ces lecteurs redoutés pourront le taxer à son retour de partialité ou de
pédanterie. Et puis, c’est là le plus terrible ! on ne connaît point en
France l’école anglaise! Les exhibitions internationales n’en sont qu’à leur
aurore et nous savons si peu marcher vers les montagnes qui ne viennent
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