Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 2.1869

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GÉNIE DE DAVID TENIERS

n moment décisif dans la vie de Teniers
fut l’époque où il acheta le manoir de
Perck, situé entre Vilvorde et Malines.
Le domaine se composait du château des
Trois-Tours et d’une métairie qu’on ap-
pelait la Ferme des Poules. Une fois
établi dans cette champêtre demeure,
tout devint pour l’artiste sujet de tableau.
Il ne se donna pas la peine de choisir
entre les mille accidents de la nature et
de la vie rustique. Les premières occu-
pations de l’année comme les dernières,
labour, semailles, coupe des foins, mois-
son, rentrée des gerbes, travail des bat-
teurs en grange et des vanneurs, chasses de l’automne, effets de neige,
tristes paysages que tourmente une bise âpre et impétueuse, étaient fidè-
lement retracés par lui. D’un esprit simple et juste, il peignit les hommes,
les arbres, les prairies, le ciel, les nuages, les terrains, les costumes, les
mœurs, le dedans et le dehors des maisons, comme ils s’offraient à sa vue.
Nul parti pris, nul effort pour atteindre l’idéal, pour ennoblir ses modèles.
Il n’essayait même pas de composer. Une rue de village, un espace libre
entre des chaumières, où l’herbe poussait comme en pleine campagne,
les bords d’un étang, la lisière d’un bois, l’enclos palissadé d’une guin-
guette , une route vulgaire, sans accidents originaux, la première salle
d’auberge venue, tout lui était bon. Pourvu que sa toile se trouvât rem-
plie d’une manière à peu près convenable, il n’en demandait pas davan-
tage. On a remarqué que ses arbres sont communs, c’est-à-dire n’ont pas
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