Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 19.1879

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

n’osant pour cela s’en approcher, et, quoique Cintio l’appelât par diverses fois,
il ne voulut jamais s’avancer plus près, et dit toujours qu’il savait bien qu’il
était mort, et qu’il ne voulait point de commerce avec les esprits. » Il a, après,
appliqué cela à l’abbé qu’il avait vu malade dans son lit le jour précédent. Il
lui a dit ensuite que M. Colbert l’avait prié de penser à quelque chose qui pût
remplir le grand vide qui sera entre les deux palais du Louvre et des Tuileries,
et qui pût servir à des fêtes et tournois, et qu’il avait jugé à propos de faire
comme une espèce d’amphithéâtre à l’imitation du Colisée et du théâtre de
Marcellus ; lequel étant double aurait une de ses faces vers le Louvre, et
l’autre vers le palais des Tuileries, dans chacune desquelles il y aurait à y
placer jusques à dix mille personnes de la noblesse; qu’il y aurait, ouirecela,
dans le milieu un appartement pour quelque grand prince étranger, quand il
en arrive en France, lequel, étant composé de neuf ou dix pièces, y pour-
rait être magnifiquement logé; que cet amphithéâtre serait de grande appa-
rence et ornement, les colonnes en étant de cent palmes de hauteur, qui sont
environ 66 pieds et tout l’ouvrage 70 toises de façade, celle du Louvre n’en
ayant que 68; qu’avant cela, il lui était venu dans la pensée de faire dans
cet espace deux colonnes comme la Trajane et TAntonine et, entre les deux,
un piédestal où serait la statue duRoi à cheval avec le mot de non plus ultra,
allusion à celle d’Hercule ; et encore au sujet du palais des Tuileries, mon frère
a dit que l’exécution de cet amphithéâtre détruirait le palais des Tuileries le
faisant paraître encore bien plus bas qu’il n’est, « mais il aura de la conve-
nance avec le Louvre », a répondu le Cavalier. L’abbé a reparti que le palais
des Tuileries, bas comme il est, serait le palais du jardin. M. le Nonce sur-
venant a interrompu ce discours. Il s’est écrié en arrivant : Siete un gran
furbo, et a ajouté se tournant vers nous, et en riant : Non fa altro che fur-
berie1. Le Cavalier a conté à M. le Nonce quelque chose de l’entretien où l’on
était, et puis il s’en est allé et nous aussi.

L’après-dînée, moi étant retourné, j’ai su du Cavalier que le Roi était
venu sur le midi, lorsque le Cavalier allait se reposer, qu’il a travaillé d’après
Sa Majesté environ de trois quarts d’heure, que M. Colbert y était, et trente
ou quarante personnes. L'abbé, Butti, qui y avait dîné, y était aussi. Dans ce
temps même l’envoyé du marquis 'de Brandebourg 2 est venu voir le buste,
conduit par M. de Dessin3, M. de Montmarsan4 5, le frère de M. Colbert et
M. de Vergne, tous lesquels ont aussi vu les dessins. Le Cavalier, ayant su qui
ils étaient, les a salués avec grande solennité. MM. d’Armagnac et chevalier
de Lorraine3 sont arrivés après. Le Cavalier m’ayant demandé qui était celui
qui était venu avec l’envoyé du marquis de Brandebourg, et lui ayant dit que
c’était un parent de M. de Lionne, il l’a prié de vouloir faire ses baise-mains
à Mme de Lionne, et lui a dit qu’il connaissait deux femmes bien intelligentes

1. « Vous êtes un grand coquin. — Il ne fait que des coquineries. »

2. Le baron Christophe-Gaspard de Blumenthal.

3. Charles de Lionne de Lesseins, abbé de Saint-Calais, mort en 1701 à soixante-dix-neuf
ans.

4. Charles de Lorraine, comte de Marsan, mort en 1708.

5. Louis de Lorraine, comte d’Armagnac depuis la mort de son père arrivée le 25 juillet
précédent, et Philippe, son frère, dit le Chevalier de Lorraine.
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