Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 19.1879

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

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choses, d’où seraient absents le sentiment, l’originalité, l’invention et, du
même coup, le choix des formes et des lignes belles ou pittoresques,
enfin jusqu’à la recherche des colorations opulentes et fleuries, condui-
rait, on le voit, tout droit à l’absurde. Non, ce grand goût de natu-
ralisme, cet appétit de sincérité et de vérité que trahit franchement l’art
contemporain, ne sont pas finalement aussi gros de périls que certains
l’imaginent. Ils oublient trop volontiers que l’art, étant une convention,
ne saurait exister que par la convention, et que l’artiste lui-même n’est
digne de ce nom d’artiste qu’autant que quelque chose de sa personnalité
se mêle à sa manière de comprendre, de sentir et d’interpréter la nature.
Au-dessus des engouements ou des entraînements de la masse planeront
donc toujours librement ces facultés personnelles, singulières et créa-
trices ; elles suffiront à réagir, elles sauvegarderont l’art contre les chi-
mériques dangers de l’observation terre à terre, de l’imitation étroite ou
niaisement servile. Loin donc que nous envisagions avec défiance les
conséquences et la portée d’une évolution que tout annonce devoir être
féconde, nous nous complaisons à en espérer plus d’une éclosion inat-
tendue et surtout plus d’un nouveau triomphe. Est-il besoin de rappeler,
pour justifier cet optimisme, ce que notre école, retrempée aux sources
vivifiantes du réel et du vrai, doit déjà d’œuvres inspirées aux viriles
convictions, aux fiers et consciencieux efforts des Rousseau, des Corot,
des Troyon, des Millet? et quelle plus encourageante promesse, pour
l’avenir, que cette première et déjà si magnifique efflorescence!

Une transformation comme celle à laquelle nous assistons, qui
menace un principe, un enseignement dogmatique et des traditions
enracinées, ne va pas s’opérant sans hésitation, sans trouble, et surtout
sans quelque désarroi. L’état présent de l’école en témoigne. Mais,
d’abord, existe-t-il encore un enseignement et des traditions? Que, de
bonne foi, on puisse se poser une telle question, indique déjà suffisam-
ment combien l’état de confusion est extrême.

Depuis que nos paysagistes découvrant la nature se sont avisés de la
peindre comme ils la voyaient, ou plus justement comme ils la sentaient,
les divisions qui naguère encore séparaient, dans la peinture, les classi-
fications et les genres, contenus et comme enfermés jusque-là dans des
pratiques et des méthodes distinctes propres à chaque genre, vont chaque
jour s’effaçant et tendent rapidement à disparaître. L’éclectisme accepté
des méthodes a créé et amené l’éclectisme des principes. C’est par là
que le naturalisme, entré dans l’art par le paysage, a successivement
passé dans la peinture de genre et, finalement, dans la peinture de
style.
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