Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 22.1880

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

est vrai. Un bâtiment spécial, élégant, presque luxueux, vingt-quatre
salles bien éclairées, une longue galerie pour la sculpture, des jardins,
des portiques, un café, un restaurant, 3 h \ sculptures, 838 peintures,
sans compter les aquarelles, les dessins et les gravures : vous voyez que
les Piémontais ont bien fait les choses. Si la dépense en revient à la
ville de Turin, l'honneur en appartient particulièrement au président du
comité, M. le comte de Sambuy dont l'activité endiablée, servie par
d'excellents secrétaires, MM. Biscarra et Rocca, a surmonté tous les
obstacles, vaincu toutes les résistances, enflammé tous les amours-
propres.

En fait, cependant, l'exposition de peinture, si elle est fort impor-
tante pour le pays, ne nous apporte rien de nouveau à un point de
vue plus général. Gomme ailleurs, plus qu'ailleurs même, les indivi-
dualités sont rares ; mais la dépense moyenne de talent et d'esprit
est considérable. Les courants, peu marqués, n'ont rien de bien ita-
lien. Les peintres d'hier appartiennent à l'influence vieillotte de Paul
Delaroche, et le plus habile d'entre eux est certainement M. Barabino,
dont le Galilée à Ârcetri est un bon tableau d'expression, dessiné avec
sûreté, composé avec goût, peint avec délicatesse. Quant aux jeunes,
ils sont en grande majorité dans l'orbe pseudo-naturaliste de l'école de
Fortuny. Une branche assez importante appartient à M. AJma-Tadema,
et M. le professeur Maccari, cle Rome, en est le chef. Sa Déposition du
pape Silvcrio est un tableau remarquable, malgré l'abus des reflets
blancs et une certaine vulgarité cle style.

Pour moi, les quatre peintres les plus personnels, les plus intéres-
sants, les plus peintres de l'Exposition de Turin sont MM. de Nittis,
Pasini, Favretto et Michetti. Les deux premiers sont fort connus à Paris,
et c'est avec un vif plaisir que je les ai retrouvés ici avec un bagage
choisi et abondant. M. de Nittis est un raffiné, un malin, qui sait prendre
son bien clans les tendances nouvelles, un impressioniste voulu et de
bonne compagnie. Toutes ses toiles, à Turin, sont exquises dans des genres
différents. Aux Champs [environs de Londres), avec ses traînées de
fleurs rouges dans l'herbe, et le Train qui passe, sont de petits chefs-
d'œuvre. M. Pasini a une salle presque entière pleine de ses toiles mi-
nuscules qui scintillent comme des bijoux d'Orient. M. Michetti, déjà connu
à Paris, a fait des progrès qui le placent à la tête de l'école italienne.
Son talent a pris, dans le sens de l'étude physionomique, une singulière
personnalité. On peut lui reprocher de faire abus des colorations bleues
(encore une influence des tendances nouvelles) ; mais l'accent des figures,
le mouvement de la composition sont pleins de force et d'une justesse
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