Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 22.1880

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LE PORTRAIT DE LÉON XIII

PAR M. GAILLARD

Il y avait, à l'Exposition de 1880, deux estampes hors pair de por-
traits contemporains : l'une était le portrait de M. Henriquel-Dupont,
gravé par M. A. François ; l'autre était celui du pape Léon XIII, par
M. Gaillard. M. François avait mis, dans l'image de son maître vénéré,
toute la science, toute la correction pure et toute la fermeté de son
talent. C'est là une très belle pièce de notre gravure française, de la
bonne Ecole de notre terroir, l'un des derniers morceaux, faut-il craindre,
et des plus réussis, de cette suite ininterrompue de portraits burinés
sobrement, sûrement, avec une vigueur aisée, dont la tradition se per-
pétue depuis Nanteuil, Masson, Édelinck et les Drevet jusqu'à notre
Henriquel, et a fait deux siècles durant tant d'honneur à la France. La
chalcographie nationale possède de belles planches de M. François,
d'après des maîtres anciens ; il faudrait, pour y faire apprécier dans sa
complète mesure cet excellent graveur au burin, un portrait contempo-
rain de la valeur de celui dont je parle. J'ajouterai même que de telles
pièces manquent trop à notre chalcographie du Louvre, où elles vien-
draient se relier et se comparer à l'admirable série de portraits qui ser-
virent de morceaux de réception aux graveurs académiciens du siècle
dernier. C'est là et non ailleurs que devraient se trouver les belles
planches du Berlin et du Mole d'après Ingres, du Guizot d'après Paul
Delaroche, et aussi celles du Pie IX et duDom Guéranger de M. Gaillard.

J'ai déjà dit, à propos d'une illusion de mes yeux sur une peinture
du Salon, ce que je pensais du Léon XIII, cette étonnante estampe, dont
la Gazette a la bonne fortune de joindre aujourd'hui un tirage à son
recueil ; elle me parut alors digne de la médaille d'honneur, et je
ne m'en dédis pas. Certes, les œuvres de M. Gaillard jouissent dès à
présent d'une haute estime auprès des amateurs ; mais j'imagine que
l'avenir lui réserve une part meilleure encore. Dans le groupe de nos
graveurs actuels, son nom ira toujours se détachant et grandissant ; à
lui s'attachera de plus en plus cette sympathie toute naturelle, privilège
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