Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 22.1880

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

en avait la conduite1. Il a ajouté qu'il avait dit à Sa Majesté que, quand
Elle ne se plairait pas aux belles choses, il était d'un grand prince de
témoigner qu'il les aime, et de faire faire toutes ces sortes d'ouvrages ;
que dans la suite du temps l'on verra de grands progrès de cet établis-
sement que l'on fait de toutes ces fabriques ; qu'à Rome, il s'en fallait
beaucoup que l'on exécutât si bien les choses qu'ici. M. Colbert a dit qu'il
avait rétabli la manufacture de haute lice, dont il ne restait plus à Paris que
deux ouvriers, qu'elle était bien plus excellente que les autres, quoique toutes
les belles tapisseries, comme les Actes des Apôtres, soient à la basse lice. En-
suite l'on a parlé du devis que M. Perrault avait commencé à traduire en fran-
çais. Il en a lu quelques articles, qui ont été discutés. M. Colbert a dit à mon
frère d'achever cette traduction cette semaine avec M. Perrault, afin que l'on
pût régler avec les entrepreneurs ; que l'on ferait divers prix avec eux, selon
les élévations différentes. J'ai dit que, quand l'on viendrait aux ornements des
chapiteaux et entablement, c'était un fait capital, et dont dépendait la princi-
pale estime d'un ouvrage. M. Colbert a reparti que ce n'était pas sa pensée ;
que, pourvu que l'idée d'un ouvrage fût grande, cela le faisait estimer. Le
Cavalier a pris la parole et a dit qu'il fallait considérer dans les ouvrages deux
choses : le général et le particulier, et que ce particulier servait beaucoup
pour faire estimer le tout d'un ouvrage. M. Colbert a encore répliqué et per-
sisté dans sa pensée. La conclusion a été la traduction du devis, et sa réduc-
tion au nombre de chapitres absolument nécessaires, et que l'on l'écrirait en
italien d'un côté et en français de l'autre. A l'égard des logis qu'il fau-
drait abattre, M. Colbert a dit à M. Perrault d'en avertir M. du Buisson.

J'oubliais à dire que, quand le Cavalier a parlé des Gobelins, [M. Colbert
a dit] que le voyage que le Cavalier a fait en France et le retour qu'il y fera
ôteront l'honneur qu'on aurait pu attendre de cet établissement, mais qu'il le
sacrifierait volontiers pour être assuré qu'il retournera. J'ai dit à M. Colbert,
quand il est sorti, que j'avais disposé le Cavalier d'aller à Versailles, quand le
Roi y sera, au cas qu'il n'y eût point d'inconvénient. Il m'a répondu que non.

Le Cavalier a reçu ses lettres de Rome, par lesquelles il a appris que sa
femme avait été fort malade et n'était pas encore guérie, ce qui l'a extrême-
ment affligé. L'abbé Butti, qui avait été au Conseil, est allé dîner en ville ;
moi, après dîner, je suis sorti et revenu à quatre heures. Mme de La Baume,
M™ d'Albon et MUe sa fille2 sont venues voir le buste. Mignard y est aussi
venu. L'on a trouvé des taches sur le buste et sur le petit Christ du seigneur
Paul, qu'on a jugé être du pissat de souris que la pierre de ponce n'ôte pas.
Nous sommes allés le soir aux Feuillants, et après nous promener le long de
la rivière.

LUDOVIC LALANNE.

(La suite prochainement.)

1. Le Brun.

2. Claude Bouthiller de Rancé, femme d'Antoine, comte d'Albon. Elle avait trois filles.

Le Rédacteur en chef, gérant : LOUIS GONSE.

PARIS. — Impr. J. CLAYE. —

A. Q U A X T 12i et G", rue Saint-Benoît

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