Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 22.1880

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138 : GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

vieilles chapelles, on ne se serait pas trouvé sur les bras une dizaine ou
une douzaine de superbes portes-grilles du même temps, dont on n'a su
que faire. Pour ne pas les perdre, et l'on a bien fait de les relever, on en a
fait, dans la cour de l'Archevêché, une double allée qu'il a même fallu
infléchir pour avoir assez d'espace pour les placer toutes. Rien de plus
singulier que ce rendez-vous de toutes ces grandes portes, assez sem-
blable à celui des chaises à porteurs dans le Roman comique, qui sont
collées l'une à l'autre et qui n'ont pas à s'ouvrir, puisqu'elles ne font
l'office que d'une grille continue. L'entrée des quatre collatéraux du
chœur et deux de ses chapelles ont encore les leurs ; il faut les y lais-
ser ; elles permettent de tout voir et ne rompent eu rien les lignes de
l'architecture.

On n'a pas jeté par terre, et l'on a eu raison, le grand autel à balda-
quin que Servandoni, qui était Lyonnais et se faisait passer pour Italien,
a fait, en 1742, à l'imitation de celui de Saint-Pierre. Il n'est pas dans
le style, cela est vrai, mais il est isolé et a tout autant de droit à sub-
sister que les tombeaux de tous les siècles postérieurs dans une église
du xnie. Il est même bon de savoir, à son propos, la provenance de ses
quatre grandes colonnes de marbre. La place des Victoires, à Paris, était
décorée par quatre grands fanaux élevés chacun sur trois colonnes
doriques de marbre veiné, disposées en triangle ; ces fanaux furent démo-
lis en 1718, et quatre des douze colonnes furent données à Longuet de
Gergy, le frère du curé de Saint-Sulpice, œuvre de Servandoni, et le
prédécesseur de M. de Luynes. Il est intéressant de conserver ces belles
colonnes, et, le genre donné, le maître-autel de Sens est certainement un
des plus beaux et des plus nobles qu'on puisse voir. C'est un système
qui mènerait loin que de démolir tout ce qui n'est pas d'une seule
époque, et l'on y est beaucoup trop porté ; il amènerait bien vite à
abattre le tour du chœur de Chartres, parce qu'il est du xvie siècle, et à
dépecer les stalles du chœur d'Amiens, parce qu'elles sont du xv% à sup-
primer, en un mot, tous les embellissements, additions, monuments
postérieurs et constructions successives qui sont la règle et la loi de ces
édifices dus à la suite des siècles, dont il faut garder la trace et la
marque. Mais cette question générale sortirait de mon sujet, et je ne
puis que l'effleurer ici.

ANATOLE DE M0NTAIGL0N.

(La fin procliainemenl.)
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