Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 22.1880

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L'OEUVRE DE VIOLLET-LE-DUC.

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sent alors, dit-il1, envahi par un profond sentiment de tristesse, et
tout bas on se dit : A quoi bon? — A quoi bon? réplique aussitôt
une voix du fond du cœur... A quoi bon l'indépendance? à quoi bon
l'amour du sol? à quoi bon le souvenir des sacrifices? Ne blasphème pas,
philosophie de l'égoïsme ! tais-toi devant des siècles de luttes, devant
ces couches d'ossements et ces débris entassés qui ont fait le sol de la
patrie! »

A peine l'armistice de 1871 venait-il d'être signé, que Viollet-le-Duc,
toujours infatigable, s'en allait faire les relevés graphiques des travaux
d'approche des Allemands autour cle Paris. C'était un besoin, pour son
esprit curieux, de se rendre compte de ce qu'étaient les repaires de ces
ennemis invisibles. De ces documents précieux, réunis aux notes qu'il avait
recueillies sur les travaux de défense auxquels il avait pris part, il fit un
volume intitulé : Mémoire sur la défense de Paris. Du reste, les sujets
militaires paraissaient l'intéresser particulièrement. Tout le monde a
remarqué, à l'Exposition du Musée de Cluny, les aquarelles ravissantes
qu'il a faites sur des épisodes militaires dont il a été témoin. En 1875 il

I. Histoire d'une Forteresse, p. 359.
Dans le même ouvrage (p. 346) :

(( On doit d'ailleurs n'établir des ouvrages permanents qu'avec la plus grande cir-
conspection : \0 parce qu'ils exigent des dépenses très considérables; 2°-parce qu'ils
sont nécessairement connus et longuement étudiés par l'ennemi, qui prend ses me-
sures en conséquence.

« L'important est de posséder une exacte connaissance du terrain à défendre, et de
n'établir des ouvrages permanents qu'en seconde ligne et sur des points incontestable-
ment favorables à la défense, même en admettant une artillerie à portée plus longue
que celle actuelle.

« Tout centre à défendre doit donc posséder des ouvrages suffisants pour éviter une
surprise; puis, à une distance de six à huit mille mètres, une ligne de forts, croisant
leurs feux si la chose est possible, ou tout au moins reliés par de solides batteries;
puis enfin, a une dislance de quatre mille mètres environ, des positions étudiées et
connues a l'avance, favorables à l'installation de travaux de fortification de campagne
très simples, mais qui puissent, à un moment donné, offrir assez de résistance pour
permettre de grands mouvements... et retarder l'établissement des batteries enne-
mies... »

Ibid., page 354 :

« Faire tète à une invasion sur tous les points à la fois a toujours été difficile; ce
problème est aujourd'hui plus difficile encore à résoudre si l'on se tient sur la défen-
sive, car l'ennemi part d'une base d'opération étendue pour se concentrer sur un point
que le défenseur ne connaît pas. Il n'a donc qu'une ligne à opposer au sommet d'un
triangle d'action. Il faut se borner à préserver le coeur du pays et certaines régions
déjà protégées par la nature, qui permettent d'opérer sur les flancs des armées d'inva-
sion ; régions possédant derrière elles de vastes contrées d'approvisionnements. »
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