Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 22.1880

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194 GAZETTE DES BEAUX-ART S.

études de l'antiquité et du moyen âge. Les monuments et les grands
souvenirs de ces deux époques y abondent, et l'aspect de la nature y est
charmant une fois que l'on a franchi la plaine nue de la Capitanate.
Mon seul objet ici est d'y attirer quelques voyageurs archéologues par
une brève indication des principaux trésors d'art du moyen âge qu'ils
y rencontreront sur leur route.

Victor Baltard, dans le bel ouvrage publié aux frais du duc de Luynes,
dont le texte a été rédigé par Huillard-Bréholles, n'a fait qu'effleurer le
sujet. Il ne semble pas avoir visité plusieurs des localités les plus inté-
ressantes et dans celles où il a exécuté des dessins son choix m'a souvent
étonné. Il a laissé de côté des monuments d'un intérêt de premier ordre,
et ses planches ne contiennent pas le quart de ce qui mérite d'être publié
dans la région. Son étude sur l'admirable cathédrale de Trani est tout à
fait insuffisante; à Ganosa il a relevé le mausolée de Bohémond, mais
non l'importante cathédrale byzantine à laquelle il est attenant; à Bari,
il donne l'abside de la cathédrale, mais il a négligé l'église de Saint-
Nicolas, qui est pourtant d'une bien autre valeur, etc., etc. Les obser-
vations de M. Léon Palustre, le seul voyageur qui se soit, à ma connais-
sance, occupé du sujet depuis Baltard, suppléent heureusement à quel-
ques-unes de ses lacunes. Mais elles sont à leur tour loin d'être com-
plètes et j'en trouve, dans bien des cas, l'esprit un peu injuste; l'auteur
est trop préoccupé de plaider constamment la supériorité des monuments
de notre pays aux mêmes époques.

Il importe qu'un architecte habile aille aujourd'hui dans la Pouille
continuer, avec l'expérience que l'on a maintenant de l'art du moyen
âge, les études de Victor Baltard et nous en rapporte un livre qui fasse
enfin connaître comme elle le mérite une remarquable école d'architectes,
à laquelle on n'a pas assigné jusqu'ici la place qu'elle mérite. On y verra
comment cette école, d'abord soumise, au xie siècle, à l'influence byzan-
tine qu'avait implantée dans le midi cle l'Italie la domination des empe-
reurs de Gonstantinople et à laquelle se mêlaient des éléments arabes,
s'en émancipe au xne siècle en prenant une empreinte française incon-
testable, plus marquée dans l'ancienne Apulie que clans aucune autre
partie de la Péninsule et qui se continue encore au xrne siècle. L'archi-
tecture de la Pouille pendant deux siècles, et surtout au xne, est bien
proprement normande, non seulement par l'origine des princes sous les-
quels elle se développe, mais aussi par l'action venue d'au delà des monts
qui s'exerce puissamment sur elle, sans pourtant aller jusqu'à l'empê-
cher d'avoir une réelle originalité. Je ne m'aventure pas en prédisant un
succès considérable à l'artiste qui entreprendra cette étude. Et je serais

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