Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 22.1880

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ANTIQUITÉS ET CURIOSITÉS DE LÀ VILLE DE SENS. 229

C'est une œuvre assez ordinaire de l'architecte Charles-Axel Guillau-
mot, qui a été directeur des Gobelins à la fin du dernier siècle et au
commencement de celui-ci, et elle n'a pas été terminée. Les pierres,
destinées à être sculptées en médaillons ovales qui eussent été brisés
s'ils avaient été faits, sont demeurées à l'état d'épanelage; mais les mo-
dèles en plâtre ont été conservés et se voient à l'hôtel de ville, dans
l'escalier de la Bibliothèque. Les quatre plus grands représentent : l'édu-
cation militaire du Dauphin instruit par Mars ; son mariage célébré par
l'Hymen ; le Dauphin sur son lit de mort, auprès duquel la France est
assise ; la Dauphine sur son lit de mort, avec, auprès d'elle, un Génie et la
légende In ortu et occasu illuxit; enfin deux plus petits médaillons pour
les chiffres de leurs prénoms ; des branches de laurier encadrent la lettre L,
initiale de Louis; une guirlande de roses, une branche d'olivier et une
branche à feuillage léger, d'acacia ou de sensitive, encadrent un M et
un J, initiales de Maiïe-Josèphe ; mais le tout est maigre et n'a pas la
grâce de l'œuvre de Coustou, qui compte dans l'œuvre de son auteur.

C'était le plus récent des tombeaux et c'est celui du Dauphin, fils de
Louis XV, père de Louis XVI, mort en 1765, et cle sa seconde femme, Marie-
Josèphe de Saxe, morte en 1767. On peut s'étonner qu'il n'ait pas été en-
terré à Saint-Denis; la vraie raison du choix de Sens, ce n'est pas qu'il fût
mort à Fontainebleau, c'est-à-dire clans le diocèse, mais l'influence de
l'archevêque Paul d'Albert, cardinal de Luynes, qui avait été son précep-
teur. En même temps, dès lors qu'on lui consacrait un monument de
cette importance, il était en quelque sorte naturel de le mettre ailleurs
que dans la basilique royale, où les trois derniers souverains, Henri IV,
Louis XIII et Louis XIV, n'avaient pas de monument.

C'est l'œuvre du dernier des Coustou, de Guillaume, le fils de Guil-
laume et le neveu de Nicolas. J'ai sous les yeux des lettres de l'artiste,
de Cochin et du marquis de Marigny, qui paraîtront dans le plus prochain
volume des Nouvelles Archives cle l'Art français, et qui sont de 1769 à
1777, date de la mort de l'artiste. On y verra que le prix ne fut pas
moindre de cent cinquante mille livres, et l'on y apprend la provenance
des blocs de marbre employés pour les figures.

L'un, que Pigalle avait dans son atelier du faubourg Saint-IIonoré
depuis 17/i2, lui avait été donné pour un groupe de l'éducation de
l'Amour, dont le petit modèle en plâtre avait figuré au Salon de 1751,
et dont le grand ne fut jamais commencé, peut-être à cause de la mort
de Mme de Pompadour, à qui l'œuvre peut bien avoir été destinée.

L'autre, qui se trouvait au port Saint-Nicolas et était énorme, puis-
qu'il pesait quatre-vingt-dix milliers et ne devait pas être employé en
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