Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 22.1880

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EXPOSITION DE DESSINS D'ORNEMENT. 2/,7

« Au xviii6 siècle, dit M. Dussieux, c'est en France que se font tous les
dessins cle dentelles et d'étoffes qui se fabriquent en Europe. Un des des-
sinateurs les plus fameux en ce genre est Louis Lacoste, dit Alexandre.
C'est lui qui, vers 1740, les dessins pour le point n'étant pas assez régu-
liers, les fit graver sur des planches cle cuivre et imprimer1. » Nous ne
pouvons rien montrer de ce Louis Lacoste, et sommes contraints de nous
en rapporter à la tradition.

Par Jacques Lajoue nous revenons non seulement à la décoration,
mais aux décorations de théâtre, auxquelles il s'est exclusivement con-
sacré, et où il paraît avoir excellé. Admis en 1721 à l'Académie comme
peintre d'architecture, sur le tableau qui figure au Musée de Versailles
sous le numéro Zi/|20, — c'est ce que je connais de mieux de lui, —
Lajoue, à en juger par ce remarquable spécimen, aurait pu devenir un
élégant peintre des fêtes galantes et tenir très avantageusement sa place
derrière Watteau, au milieu de Lancret, de Pater, de Debar, d'Oc-
tavien, d'Ollivier. Mais, comme un de ses confrères, Lucas Auger, qui
finit par peindre des panneaux de carrosses et de chaises à porteurs,
au grand désespoir de Mariette, il préféra les succès faciles et rémuné-
rateurs de l'art industriel aux luttes pénibles et dispendieuses de l'art
académique. J'ignore bil eut à se féliciter de son choix ; mais, ce que les
dessins de décoration envoyés par MM. Bérard, le comte de La Bérau-
dière, de Goncourt, Carré (nos 204 à 210) m'ont appris, c'est que c'était
un décorateur dont le sentiment poétique égalait le goût. Le genre dont
Lajoue a fait sa spécialité autorise bien des licences, bien des écarts
d'imagination. L'on peut établir des merveilles bien improbables sur une
toile de fond; mais, même dans cette voie, faut-il que le goût vous
guide et vous avertisse de la limite qu'on ne doit pas franchir. Lajoue
s'en est souvenu et a su s'arrêter à temps. L'Exposition rend facile la
comparaison entre ses projets et les extravagances qu'à la même époque
le Bibiena imposait aux machinistes italiens. Qu'on examine attentive-
ment les uns et les autres, et l'on se rendra compte de la différence qui
existe entre le bon et le mauvais goût, et, j'y reviens toujours, de la
supériorité de la France.

Salembier, Colombet, Delafosse, Delalonde, Forty, Cauvet : tous
noms nouveaux. A nous personnellement, Colombet et Delafosse étaient
absolument inconnus. Grâce à l'obligeance de MM. le comte de La Bé-
raudière, Lesoufacher, Guichard, Bérard, de Chennevières, Carré,
Destailleur, Foule, la connaissance sera bientôt faite, et les nouveaux

t. Voir les Artistes français à l'étranger, page 82.
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