Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 22.1880

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

est épaisse, embarrassée, presque maladroite et tâtonnante..... Partout

des rehauts, c'est-à-dire des accents décisifs, sans nécessité, ni grande

justesse, ni réel à-propos..... En toutes les parties saillantes une main

convulsive, une turbulence de faire qui jure avec le peu de réalité obte-
nue et l'immobilité un peu morte du résultat. »

Que reste-t-il donc aux yeux de l'auteur des Maîtres d'autrefois à
la Ronde de nuit? La magie du clair-obscur, un grand effort dans un
sens nouveau; et pour tout dire, le premier manifeste imposant de la
lumière de Rembrandt, cette lumière enfantée par son génie et qui n'est
ni celle du jour ni celle de la nuit.

J'ai dit que Fromentin se plaçait à un point de vue d'une rigueur
excessive. Je me permettrai de trouver que ce reste qui est une atmo-
sphère idéale circulant à travers toutes ces figures, les enveloppant
d'espace et de vie, et les animant, pour peu qu'on les fixe, du plus
extraordinaire relief, suffit à faire de la Ronde de nuit une œuvre de pre-
mier ordre et digne de son immense renommée. La puissance de Rem-
brandt me semble tout entière dans ce fait qu'une seule qualité, poussée
à l'extrême limite de l'intensité, suffit à voiler dans un nuage d'or tant
de défauts accumulés.

LOUIS GONSE.

(La fin prochainement.)
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