Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 22.1880

Page: 361
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1880_2/0387
License: Free access  - all rights reserved Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
JOSEPH STEVENS, 361

qui doublera ta joie et te rendra aussi reconnaissant envers l'Espagne que je le suis
moi-même envers l'Aulriche.

« J'espère, mon bien cher et bon Joseph, que tu le portes bien, et que tu tra-
vailles.

« Je te presse sur mon cœur,

« Alfred St e v e n s . »

J aurais pu me borner à des extraits; j'ai préféré tout transcrire, du
moins tout ce qui pouvait l'être. Au surplus, ces lignes sont un portrait
de Joseph Stevens auquel rien ne devrait être ajouté s'il ne faisait désirer
de connaître plus intimement l'homme au sujet duquel elles ont été
écrites. Et c'est un beau témoignage qu'après ces paroles fraternelles
d'un maître sur un autre maître, il puisse être dit encore quelque chose
qui n'y soit pas dit, bien qu'elles renferment la parfaite ressemblance
des modèles longuement étudiés. Je voudrais montrer à mon tour le
peintre véridique des bêtes, à la fois dans son métier et dans ses ten-
dances artistiques, et par quelques traits du caractère de l'homme,
achever de mettre en lumière cette robuste physionomie qui grandira
avec le temps. 11 est bon que chacun laisse des notes sur les contempo-
rains qu'il a le mieux connus; et j'ai assez approché celui-ci pour ne
rien écrire qui ne soit l'expression d'une sympathie réfléchie.

Avec Joseph Stevens, du reste, il ne faut pas rechercher en dehors
de son œuvre ce qu'il est et ce qu'il pense ; il est du petit nombre des
artistes qui, à l'aise dans leur art et n'étant point troublés par le désir de
faire autre chose que ce qu'ils font, ont, presque sans effort, et comme
s'ils obéissaient à une loi de nature, laissé naturellement la besogne jour-
nalière se composer de leurs sensations et de leurs idées. En aucun point
de cette carrière déjà longue, on ne voit les indécisions de l'esprit qui se
cherche, et, si c'est débuter que d'être dès le commencement soi-même,
il se montre pour ainsi dire en débutant ce qu'il est encore aujourd'hui,
un mâle ouvrier décidé à ne demander à son tempérament que les acti-
vités qu'il peut lui donner.

C'est un bel exemple pour les natures maladives, sujettes à outre-
passer les limites de leur production, que ce praticien à l'œil sain, au bon
sens natif, à la ferme main, qui n'est touché par aucune influence étran-
gère, si hauts que soient certains talents de ce temps, et qui se borne
à exprimer avec un savoir personnel les impressions que lui fournit la
nature. Sa manière simple et sévère, car il semble que l'art ne puisse
s'exercer qu'avec un peu d'austérité, ramène au calme l'esprit inquiété
par les turbulences des écoles; et il n'est préoccupé ni d'en fonder une

XXII. — 2e PÉRIODE- 46
loading ...