Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 22.1880

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Z(20 GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

rut sur les monuments, ce fut dans des rôles épisodiques auxquels un
esprit soupçonneux n'avait rien à redire.

Les gens souriaient en passant : — « C'est Renart ». Mais ce coin de
comédie, si sommaire qu'il fût, ne rappelait pas moins aux curieux qu'une
personnalité agressive s'était logée sous les porches des cathédrales, sur
les chapiteaux de la nef, et parfois se mêlait aux ornements d'un jubé,
comme pour narguer, jusque dans les lieux saints, la puissance des
moines.

Si on trouve que cette interprétation de la révolte d'animaux mali-
cieux est due à l'esprit moderne, toujours prêt à évoquer le souvenir de
graves événements à l'aide de menus faits, il n'en reste pas moins acquis
que la représentation fréquente des héros du Roman de Renart sur les
monuments sacrés est la preuve de la popularité d'un poème qui était
loin d'être favorable à l'esprit des corporations religieuses.

J'ai groupé un certain nombre de monuments ayant trait aux com-
pagnons de Renart dans Y Histoire de la caricature au moyen âge et sous
la Renaissance ■ je m'intéresse encore à ce maître fourbe et à ses com-
plices, et un excellent mémoire archéologique, peu connu en France,
me fournit d'autant mieux l'occasion de revenir sur leurs aventures que
son auteur, savant archéologue suisse, enlevé récemment à l'érudition,
M. Hermann Hammann, me prenait à parti d'une façon trop engageante
pour que je ne répondisse pas à ses vœux1.

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Au milieu de la contrée qui faisait jadis partie de la petite Bourgogne,
c'est-à-dire à la jonction des cantons de Lucerne, de Berne, d'Argovie et
de Soleure, se trouve le village de Saint-Urbain, célèbre au xme siècle
par son abbaye. Dans ce village existaient plusieurs tuileries ; les brique-
tiers de l'endroit furent appelés à l'édification du monument, ainsi que
le témoigne l'ancien chroniqueur Robert Stumpf : « Ce couvent fut bâti
à grands frais et travail, en grande partie en briques de terre cuite », etc.

Le gros de l'œuvre élevé à l'aide de ces matériaux, la majeure partie
de la décoration consista en sujets tirés de la fable, en représentations
de figures humaines, en armoiries, en inscriptions latines ou alle-
mandes, et en ornements composés d'entrelacs, de rinceaux et de pal-

1. Briques suisses, ornées de bas-reliefs du xin'' siècle, par H. Hammann. Genève
el Baie; H. Georg, 1*6». In-4° de 34 pages et de 12 planches.
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