Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 22.1880

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kbh GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

verte, faite à Munich, d'un autre exemplaire de la lettre, d'une rédac-
tion un peu différente, confirma dans ses points essentiels la thèse de
Fraricescom.

Constatons tout d'abord, comme faits irrévocablement acquis à notre
cause, que la lettre est adressée à Léon X, que l'un des exemplaires a
été trouvé clans les papiers de Gastiglione, et l'autre en compagnie de
la traduction de Yitruve, exécutée pour Raphaël par Marco Fabio de
Ravenne; enfin, que tous les traits qu'elle contient peuvent, sans ex-
ception aucune, s'appliquer à Raphaël. C'est ainsi que l'illustre peintre-
architecte était occupé, dans ses dernières années, à mesurer et à
relever les édifices antiques de Rome, nous le savons par le témoignage
de ses contemporains, tout comme Fauteur de la lettre; comme ce
dernier, il se servait de la boussole pour ses déterminations; comme lui,
il s'était vu confier cette tâche par le pape. Que de présomptions en
faveur de notre maître !

Tant de preuves, une unanimité si touchante, n'ont cependant pu
convaincre un savant allemand bien connu, M. H. Grimm. Dans son
travail intitulé : De incerti auctoris litteru quœ Raphaelis Urbinatis ad
Leonem decimum feruntur1, M. Grimm a entrepris de démontrer que
le rapport ne pouvait pas être de Raphaël. Cette impossibilité ressort,
d'après lui, des termes mêmes du document. Dans la première rédac-
tion, l'auteur s'exprime en effet comme suit : « Je ne puis me rappeler
sans grande tristesse que, depuis que je suis à Rome, et il n'y a pas
encore onze ans, tant de belles choses, telles que la pyramide qui était
dans la rue Alexandrine, le malheureux arc, tant de colonnes et de
temples ont été ruinés, principalement par messire Bartolommeo délia
Rovere. » La seconde rédaction, plus explicite, aggrave encore les
soupçons de M. Grimm : « Je ne puis me rappeler sans grande tristesse
que, depuis que je suis à Rome, — et il n'y a pas encore douze ans, —•
on a ruiné beaucoup de belles choses, telles que la pyramide qui était
dans la rue Alexandrine, l'arc qui était à l'entrée des thermes de Dio-
clétien, le temple de Gérés sur la voie Sacrée, une partie du Forum
transitorium, qui a été incendié et détruit il y a peu de jours et dont les
marbres ont été employés à faire delà chaux, n Or, Raphaël n'est arrivé
à Rome qu'en 1508; d'autre part, la destruction de la pyramide de la
via Alessandrina a eu lieu en 1499 déjà, et celle de l'arc (que M. Grimm
identifie à l'arc de Gordien) beaucoup plus tôt encore, peut-être sous
Sixte IV déjà. Par conséquent, Raphaël n'a pu assister à ces actes de

A. Jahrbûcher fur Kunslivissenschaft, de A. de Zahn: 487-1, p. 67 et suiv.
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