Institut Français d'Archéologie Orientale <al-Qāhira> [Editor]; Mission Archéologique Française <al-Qāhira> [Editor]
Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes: pour servir de bullletin à la Mission Française du Caire — 21.1899

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LETTRE SUR LA MYTHOLOGIE ÉGYPTIENNE

LETTRE A M. CERQUANT SUR LÀ MYTHOLOGIE ÉGYPTIENNE

PAR

François Chabas'

Maçon, le 7 avril 1871.

Monsieur,

L'étude que je termine en ce moment de Circé et d'Ulysse dans YOdyssêe m'a
montré une transformation bien remarquable du char du soleil en un navire et du ciel
en l'Océan. Cette transformation, qui est le fond épique de toute l'odyssée des Argonau-
tiques et de tant d'autres légendes, se retrouve très assurément dans la mythologie
védique, ce qui n'a rien d'étonnant.

Mais j'ai vu aussi quelque part, et je crains bien que ce soit dans l'abbé Pluche,
qu'Osiris est représenté quelquefois sur un navire, —■ à cinquante rameurs, comme le
vaisseau d'Ulysse et celui des Argonautes, — et qu'un aviron lui sert aussi d'attribut
ou de signe représentatif, et un tel accord entre les deux races mérite bien attention.
C'est pourquoi je vous serais bien reconnaissant de me donner là-dessus quelques
renseignements de fait, en y joignant vos propres observations sur la raison d'une
telle transformation. Je l'explique très aisément pour l'Inde et la Grèce : « La mer,
selon l'expression de Byron, est le glorieux miroir où le Tout-Puissant aime à se
contempler. » Elle est bleue comme le ciel, ou blanche, ou sombre, et le char du
soleil, solitaire dans l'Empyrée, se compare très naturellement au navire sillonnant
l'immensité.

Mais ce courant d'idées est-il celui qu'ont suivi les Sémites du Nil? Je crois que
le Nil pour les Égyptiens est bien l'Océan; mais est-ce là que navigue Osiris, et y
navigue-t-il en qualité de dieu Soleil? Voilà la question, que j'explique mal peut-être
au milieu de nos ennuis publics qui me troublent, mais que vous comprendrez bien
sans mes explications.

J'ai la confiance que vous me pardonnerez de m'adresser à vous pour lever une
difficulté que vos études spéciales vous rendent si apte à éclaircir. Aujourd'hui plus
que jamais on peut dire : « Voici les temps annoncés, » et « laboremus ».

Agréez, Monsieur, l'assurance de mes sentiments les plus distingués et dévoués,

Cerquant,

Inspecteur d'Académie.

1. M. Virey avait bien voulu appeler mon attention sur deux lettres de M. Cerquant à Chabas et de
Chabas à M. Cerquant, qui lui paraissaient renfermer des détails intéressants sur la manière dont l'illustre
ègyptologue comprenait plusieurs des questions relatives à la religion égyptienne. Madame Piquemal, fille
de Chabas, a bien voulu en copier le texte dans les registres de son père, et m'autoriser à les publier ici. C'est
une complaisance dont les lecteurs du Recueil la remercieront, comme je le fais très sincèrement. — G. M.
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