Institut Français d'Archéologie Orientale <al-Qāhira> [Editor]; Mission Archéologique Française <al-Qāhira> [Editor]
Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes: pour servir de bullletin à la Mission Française du Caire — 21.1899

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LE PÈRE DE THOUTMÈS III

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Comparons maintenant cette biographie à celle d'Aahmès1 ; l'accord entre les deux
documents est remarquable. Lui aussi ne reconnaît pas Hatschepsou comme roi quoi-
qu'il ait eu à se louer de sa bonté. Il a fourni une longue carrière, dans laquelle il a été
le fidèle serviteur de toute une série de princes dont il nous donne le catalogue : Aahmès,
Aménophis Ier, Thoutmès Ier, Thoutmès II, ~ 1 U fo =■ il A^. « jus-

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qu'à ce bon dieu, le roi Thoutmès III », qui est vivant au moment où le défunt est
censé parler. Non seulement Thoutmès III est vivant, mais il est en possession du
pouvoir et l'exerce seul, sans le partager avec personne; car Hatschepsou est morte,
ainsi que sa fille Raneferou, de l'éducation de laquelle Aahmès avait été chargé. Pour
lui, pas plus que pour Anna, Hatschepsou n'a été un roi légitime. Il ne lui reconnaît
pas le droit de porter le titre de elle n'est que ou J . Il n'a donc

aucune raison de lui donner une place dans la série des rois. Aahmès pense comme
plus tard les souverains de la XIXe dynastie, qui ont banni Hatschepsou de leurs listes,
parce qu'ils n'admettaient pas qu'une femme occupât le trône2, et qui remplaceront sur
les monuments son nom par celui de Thoutmès II, le père de Thoutmès III, faisant
croire ainsi à une association de père et fils3.

Remarquons, en terminant, la différence qu'il y a dans la manière dont les deux
officiers parlent de Thoutmès III. Pour Anna, qui meurt sous la régence de Hatschepsou,
Thoutmès III n'est que le fils du roi qui s'assied sur le trône, mais qui n'a pas le pou-
voir. Pour Aahmès, qui vit encore après la mort de Hatschepsou, Thoutmès III est bien
le roi, en possession de tous ses titres. Cela me confirme dans l'opinion que j'ai émise
ailleurs, et dans laquelle je me retrouve d'accord avec M. Lieblein, c'est que Thoutmès III
ne compte les années de son règne qu'à partir du moment où il est seul, et où la reine a
disparu. Le seul document qui peut faire penser que Thoutmès III comprenait dans
le chiffre d'années de son règne celles qu'il avait passées sous la tutelle de sa tante,
c'est la stèle d'Ouadi-Maghara4. Mais, sans parler du fait que la date et le nom de
Thoutmès III sont écrits à contresens l'un de l'autre, Thoutmès III n'est appelé là que
J .' Or, je ne crois pas qu'avant les époques troublées de la XXIe et de la XXIIe dy-
nastie, lorsque la distinction entre le roi et le grand-prêtre ou le général usurpateur est
mal tranchée, on trouve une date dans laquelle le roi ne porte pas son titre de
En outre, ce qui nous est dit de l'an XV de Thoutmès III, dans la grande inscription de

1. Lepsius, Denkm., III, 43, a.

2. M. Sethe (Zeitschrift, XXXVI, p. 38) conteste ce fait et s'appuie de l'exemple de la reine Skemiophris :
« Die ia den Kôiiigslisten der XIXten Dynastie, ohne jedes Bedenken aufgeiùhrt wird. » Les listes de la
XIXe dynastie sont au nombre de trois : deux d'Abydos et une de Saqqarah. Les deux listes d'Abydos appar-
tiennent à un monument royal; aucune d'elles ne mentionne la reine Skemiophris de la XIIe dynastie. Quant
à la liste de Saqqarah, qui était dans la tombe d'uu particulier, on y retrouve le nom de Skemiophris, à con-
dition de corriger le trente-quatrième nom. Admettant cette correction, qui cependant peut se discuter, et
s'expliquer autrement que ne l'a fait Mariette, il n'en est pas moins vrai que le nom de la reine est absent
dans les documents officiels de Séti Ier et de Ramsès IL A ma connaissance, les seules listes où se voie le
nom de cette reine, correctement écrit, sont le Papyrus de Turin et la liste de Karnak, qui date de Thout-
mès III; encore, dans ces deux documents, la reine est-elle citée ou représentée comme un homme.

3. Au sujet de ces restaurations dues à la XIXe dynastie, voir mou article dans un prochain numéro de la
Zeitschrift : « Un dernier mot sur la succession des Thoutmès. »

4. Lepsius, Denkm., III, 28, 2.
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