Revue égyptologique — 4.1885

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72 Eugène Revillodt.

UN NOUVEL EXTRAIT

DES

ENTEETIENS DU CHACAL KOTIPI ET DE LA CHATTE ÉTHIOPIENNE.

(Suite.)

Dans un premier extrait précédemment traduit par nous 1 l'auteur de nos entretiens phi-
losophiques semble avoir eu pour but l'apologie du meurtre — en dépit de cette déclaration
nécessaire (expressément citée par lui) de la confession négative exigée de chaque défunt
justifié : «Je n'ai pas tué, je n'ai pas fait tuer». Dans le nouvel extrait que nous allons étudier
aujourd'hui;, c'est l'apologie de la fornication (nek) qu'il entreprend — en dépit d'un autre
précepte également signalé par la confession négative : «Je n'ai pas forniqué» (nen neka2))
précepte religieux qu'avaient récemment confirmé, pour ainsi dire, les lois juliennes édictées par
Auguste contre le stuprum. C'est donc à la fois contre les dieux et contre les empereurs qu'il
parle au nom de la libre pensée et du libre dévergondage. Mais, cette fois, le sujet étant
très délicat, la forme dogmatique de l'enseignement a fait place à une mise en scène dra-
matique, fort littéraire et fort intéressante.

Nous avons vu que le chacal, dans ses conversations, faisait souvent allusion au rôle
divin de la chatte considérée dans la mythologie égyptienne comme l'œil du soleil. Il le faisait
en plaisantant ce rôle divin. — Cependant souvent notre chatte éthiopienne se transformait et
prenait un aspect véritablement terrible. L'auteur voulait évidemment peindre avec de hauts
reliefs la lutte des dieux contre l'incrédulité. Aussi devant ces manifestations de la chatte
éthiopienne — qui n'était peut-être pas une chatte ordinaire, mais un fauve félin d'Ethiopie et
que la mise en scène féerique du poète grandissait démesurément— «le petit chacal Koufi»,
comme dit notre texte, se faisait-il plus petit encore. Lui, qui bravait le ciel tout-à-l'heure, il
avait maintenant peur des nuages de poussière que soulevait son aristocratique interlocutrice
et des sons de sa voix qui ébranlaient la montagne.

Rien ne met mieux en évidence cette audace de la pensée et cette prudence peu cou-
rageuse de la conduite personnelle que ce long fragment traduit par moi cette année dans
mon cours.

C'est d'abord le Koufi qui parle et exprime très librement les opinions les plus avan-
cées en s'adressant à la chatte comme personnification de Bast, la Venus égyptienne, et en
mettant à profit l'idée que le vulgaire se fait du culte de Venus. Il commence donc par dire
d'une façon assez énigmatique que tous les Egyptiens depuis les petits enfants à la mamelle
la vénèrent, qu'ils se tournent de son côté, que leurs yeux la contemplent comme l'éclat du

1 Voir Revue, 2e année, p. 85 et suiv.

2 Cette défense de la fornication et de tout acte impur est particulier, dans le paganisme, à l'antique
religion égyptienne, sur la pureté de laquelle notre illustre maître, M. de Eougé, insistait tant. Aussi Hé-
rodote remarque-t-il que l'Egypte était le seul pays dans les temples duquel on ne forniquait pas. L'unique
exception du temps des Grecs à cet usage de modestie religieuse était à Bubastis pour les fêtes de Bast
et c'est pour cela que le Koufi s'adressait à Bast pour combattre les préceptes divins. (Quant aux cultes
d'Astarté et de QadeS ils restaient syriens en Egypte même, bien qu'ils eussent influé sur celui de Bast à
une époque relativement récente.)
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