Chantre, Ernest
Mission en Cappadoce: 1893 - 1894 — Paris, 1898

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TEXTES CUNEIFORMES

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et les habitants de la Mésopotamie. Les monuments hétéens, les légendes de la Lydie
attestent une influence sémitique ; il faut cependant remarquer que les Babyloniens
et plus tard les Assyriens, lorsqu'ils entrèrent en contact direct avec les peuples de
l'Occident, les imitèrent souvent; car on peut se demander si les auteurs des
sculptures rupestres de Bavian et de Malthaï \ qui rappellent à certains égards
celles de Boghaz-Keui, ne se sont pas inspirés de l'art cappadocien. Les Assy-
riens et les Babyloniens ont rarement représenté leurs divinités placées debout sur
des animaux; on ne trouve que très peu d'exemples de cette disposition dans les
nombreux cylindres. Les rois de Ninive eux-mêmes nous disent dans leurs annales
qu'ils ont construit des palais d'après le modèle des Hillâni, c'est-à-dire des
maisons royales hétéennes.

Vers le xne siècle avant notre ère, les armées de l'Assyrie marchèrent vers
l'Occident sous la conduite du célèbre Teglat Phalasar qui, suivant une
hypothèse ingénieuse de Noldeke, ne serait autre que Philottos, époux de la Niobé
lydienne. Les victoires de ce roi l'ont rendu à jamais célèbre, et, à en croire
M. Delattre, il aurait même atteint la mer Noire que les inscriptions désignent sous
le nom de Mer supérieure du soleil couchant 8. Au ix6 siècle, Sahnanasar II
pénètre en Asie Mineure en suivant une route souvent parcourue par les grands
conquérants à travers l'Amanus et descend dans la Cilicia campestris. Ce n'est
que plus tard, sous le règne d'Assurbanipal (669-625), que les inscriptions nous
apprennent quel fut le point extrême atteint à l'Occident par les rois de Ninive.

Il est vrai que, parlant de la Lydie, Assurbanipal dit que le nom de cette
contrée était inconnu à ses prédécesseurs. Mais il ne s'ensuit pas qu'avant
lui les Assyriens n'aient pas connu l'Asie Mineure occidentale ; l'on sait que la
Lydie ne s'appela ainsi que sous le règne de Gygès3. Il est probable qu'au temps
oii l'empire d'Assyrie s'étendait jusqu'à Cypre la flotte assyrienne dut aborder au
sud de l'Asie Mineure et y débarquer des troupes. Mais si les listes lexicogra-
phiques assyro-babyloniennes nous donnent l'énumération de quelques vaisseaux,
nous ne savons cependant rien sur leur flotte ni sur leur puissance maritime. Leurs
expéditions à Cypre, à Tilmun, font supposer qu'ils connaissaient bien la mer ; ils
devaient en tout cas avoir une marine marchande, car Babylone et Ninive étaient
des villes où le commerce était des plus actifs4.

Une voie très directe permettait aux armées assyriennes de pénétrer rapide-

1 Perrot et Chipiez, Histoire de l'Art dans l'Antiquité, tome II, 635-640.

2 Voir les belles études de géographie assyrienne de Delattre, l'Asie occidentale dans les inscri-
ptions assyriennes, Bruxelles, 1885.

3 Voir la Lydie et le monde grec, par Radet, p. 59.

4 Assurnatsirpal navigue dans la Méditerranée sur les vaisseaux de la ville d'Arad (Phénicie).

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