Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 1.1859

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

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cruel fading aivay : une jeune fille qui se meurt de consomption au milieu de ses
parents désolés.

Les vues dos frères Bisson leur assignent en Angleterre, cela va sans dire, le haut
rang qu'ils occupent en France. Quant à M. Frith, il rachète, par ses beaux détails du
Caire, Terreur qu'il a commise en croyant produire un grand effet d'étonnement par
son panorama de la même ville, composé de différents morceaux rapprochés l'un de
l'autre, mais non liés ensemble.

Les meilleures épreuves d'architecture photographiée sont celles de MM. Fenton,
Bedford, Rossling, et celles de ce pauvre M. Howlett, que nous venons de perdre.

Vous parlerai-je des photographies-portraits ? Mais le moyen! Il y en a de très-
belles assurément, mais en si grand nombre! Commencer l'énumération serait se con-
damner à ne la point finir. J'arrive donc à la Galerie nationale des portraits peints
qui vient aussi d'ouvrir ses portes. Je vous ai déjà dit un mot de cette collec-
tion , dont la formation date de \ 857. Grâce à l'assistance, d'ailleurs assez sobre,
du gouvernement, et à la générosité de plusieurs amateurs, elle se trouve posséder
57 morceaux, dont quelques-uns très-intéressants soit pour l'art, soit pour l'histoire.

Parmi ceux de ces tableaux qu'il m'a été donné de voir —je dis voir, attendu que
ce n'est pas chose facile dans l'appartement et sur l'escalier, très-mal éclairés, où l'on
s'est avisé de les mettre — il faut que je cite, sans plus tarder, un vieux portrait de
Shakspeare, celui qui, connu pour le Shakspeare de la maison Chandos, fut donné à
cette collection par un de ses plus zélés promoteurs, le feu comte d'Ellesmere. L'auteur?
Inconnu. Ce qui n'empêche pas que ce tableau ne soit très-digne d'intérêt, sous le
double rapport de la ressemblance et de l'expression. Cette figure ovale et massive, ce
front puissant et si bien développé, ces yeux où tant de calme se marie à tant de pro-
fondeur et d'éclat, ces forts zygomes, cette bouche modelée et charnue, tout cela, il n'y
a pas à s'y tromper, c'est le créateur de Falstaff et de Hamlet, de Richard et de
Henri, l'auteur de Taming the shrew et de Merchant of Venice. La toile révèle
l'écrivain, comme ses œuvres expliquent ses traits.

Autre portrait devant lequel il est impossible de passer vite : sir Joshua Reynolds,
peint par lui-même. L'artiste s'y représente devant son ouvrage. Il se retourne; la main
gauche au-dessus de ses yeux, pour regarder... quoi? Son modèle? Un visiteur? Ce
qui est sûr, c'est qu'il regarde un seul objet, et de manière à le bien voir, je vous jure.
L'ombre que la main projette sur la figure fait ressortir d'une façon saisissante la
couleur pâle des yeux et ajoute un charme singulier à leur expression interrogative.
C'est un tableau très-soigné, et où toutes les beautés caractéristiques de l'auteur sont
réunies.

Tout près, le portrait de sir David Wilkie, aussi par lui-même. Quel contraste! Ce
n'est plus la grâce puissante et noble, l'élégance mâle du fondateur de l'école anglaise ;
mais l'esprit pétillant, fin, et pas mal moqueur du peintre de ces scènes populaires
dont la vérité touche au burlesque et qui ont tant amusé ses contemporains.

Un portrait de Opie, par lui-même, vous laisse bien froid, après les deux autres;
mais, en revanche, qu'elle est belle, cette ébauche de la tête de Wilberforce, par
Lawrence! Sur une toile brunâtre, vous voyez se développer, tracée au charbon, la
pose excentrique et anguleuse du célèbre apôtre de l'émancipation des noirs, cette pose
si bien rendue dans sa statue à Westminster-Abbey. La tête est la seule partie du
tableau qui soit coloriée; mais de quelle manière! Avec quelle vigueur! Avec quelle
succulence, si je puis ainsi parler! Ajoutez à cela que la figure est encadrée, ou plutôt
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