Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3.1859

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GAZETTE DES BE /VUX- ARTS.

UNE NOUVELLE GALERIE AU LOUVRE

Le Salon carré et la grande galerie du musée du Louvre, qui avaient été fermés de-
puis quelque temps, viennent d'être de nouveau ouverts au public. Cette clôture avait
été nécessitée par la création d'une galerie nouvelle et par un remaniement dans l'ordre
des tableaux des écoles d'Italie.

La nouvelle Salle s'ouvre à la base de la grande galerie, contre le salon carré qu'elle
longe, se dirigeant, parallèlement à la salle des États, vers le pavillon Daru, dans la
nouvelle cour du Louvre. Elle sera probablement une des entrées du Musée, lorsque le
nouvel escalier, qui doit remplacer le chef-d'œuvre de Percier et Fontaine, aura été
construit. La décoration de ses murs est semblable à celle des travées de l'ancienne
galerie dernièrement restaurée : fond ponceau avec voussure imitant un tissu broché
d'or, au-dessous d'une voûte en verre dépoli ; mais les lambris d'appui et les portes
sont en bois noir, ainsi que dans le salon carré. Une seule porte percée dans Taxe sert
à communiquer avec le Musée, tandis que deux portes juxtaposées occupent tout le
mur du côté de la future entrée et font un assez désagréable effet avec leurs grandes
surfaces sombres. On assure que l'une d'elles n'ouvre que sur une armoire et n'est
destinée qu'à faire pendant à la vraie porte qui ne se trouve point dans l'axe. Honneur
à la symétrie!

Comme les combles du bâtiment où elle est enfermée sont cachés aux regards
par les combles environnants, l'architecte n'a pas craint d'y percer un vitrage de chaque
côté du faîte, chose qu'il n'avait point osé faire le long du quai, aimant mieux mal
éclairer une galerie de tableaux que de ne pas avoir une belle surface d'ardoises bien
correcte à mettre en vue; sacrifiant ainsi l'intérieur à l'extérieur, suivant l'invariable
précopte de l'école académique. Enfin, grâce à la position de la nouvelle galerie, grâce
aussi à l'orientation de son axe, du sud au nord, le jour qui tombe sur le faux vitrage
en verre dépoli est le même des deux côtés, et éclaire également les deux parois.

On a profité de ces excellentes conditions pour placer, dans cette galerie, une partie
des plus précieux tableaux des écoles d'Italie qui n'avaient pu entrer dans le Salon
carré: depuis Le Mantegna et Le Pérugin jusqu'à Lanfranco et Panini, en passant
par Garofalo, Luini, Raphaël, Titien, Yéronèse et les Bolonais. Nous ne ferons point
le catalogue des tableaux qui y sont exposés. Toutes ces peintures sont connues du
public, seulement elles sont placées sous un jour plus favorable et en de meilleures
conditions qu'autrefois.

Le petit tableau du Dominiquin, qui était dernièrement exposé dans le salon carré,
représentant un Amour traîné par deux colombes sur un char entouré d'une guirlande
de fleurs, a pris place dans la nouvelle galerie, considérablement agrandi par suite
d'une trouvaille faite dans les magasins du Louvre. En inventoriant un fragment de
toile dont le centre était coupé, et qui représentait une guirlande de fleurs, on a constaté
que les dimensions du vide se rapportaient à celles du tableau du Dominiquin, et que
certaines fleurs qu'on avait reconnues sur les contours de celui-ci, formaient la prolon-
gation de rameaux existants sur la guirlande retrouvée. On a naturellement réuni de
nouveau ce qu'on avait jadis divisé, disons mieux, mutilé, et le tableau y a gagné
un accent tout nouveau. Le groupe du Dominiquin, placé entre deux cercles concen-
triques de fleurs, semble être sur un plan très-reculé jet poindre sur le champ noir
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