Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3.1859

Page: 315
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1859_3/0320
License: Public Domain Mark Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
MOUVEMENT DES ARTS ET DE LA CURIOSITE

CHARLES-JOSEPH TRAVIÈS DE VÏLLERS

CARICATURISTE

L'historiographe de M. Mayeux, le dessinateur ordinaire de la Petite Bohème, Ch. J.
Traviès vient de mourir à Paris. Né en 1804, à Winterthuren, dans le canton de Zurich,
de parents français émigrés, Traviès fit ses études à Strasbourg, vint jeune encore à Paris,
suivit les cours de l'Académie des beaux-arts, et entra dans l'atelier de M. Heim. Mais
tandis qu'il modelait le torse de Cadamour, le roi des modèles, et qu'il inaugurait sa
carrière de peintre par les portraits de ses fournisseurs, une circonstance comique
vint lui révéler sa vocation de caricaturiste. Traviès avait reçu de la nature un de ces
nez qui sont comme une prédestination. Un jour, à défaut de modèles, il voulut faire
sérieusement son propre portrait. Il le fit, hélas ! si ressemblant, il étudia si amoureu-
sement les contours exagérés de cet organe, il fixa avec tant de bonheur sa physionomie
d'oiseau sérieux et effrayé, qu'il fut le premier à éclater de rire en la voyant.

Dès ce moment, sans quitter cependant ce qu'on nomme la grande peinture, Traviès
fit paraître ces suites nombreuses de caricatures qui ont égayé toute la génération de
1830. Homme de mœurs faciles et gaies, c'était sur les lieux mômes qu'il allait étudier
ses types de chiffonniers ou de buveurs émérites. A Mont-Parnasse, le bal de la Girafe,
rendez-vous des croque-morts en goguette, se rappelle encore ses écarts, et le cabaret
des Deux Éléphants lui a fourni plus d'une fois des types curieux et finement saisis de
marchands d'habits, et de la race, aujourd'hui éteinte, des cochers de cabriolet.
Ainsi que nous le disions plus haut, Traviès est le créateur des Mayeux.
M. Ch. Baudelaire, dans une étude sur quelques caricaturistes français, raconte « qu'il
y avait à Paris une sorte de bouffon physionomane nommé Léclaire, qui courait les
guinguettes, les caveaux et les petits théâtres. 11 faisait des tètes d'expression, et entre
deux bougies, il illuminait successivement sa figure de toutes les passions. Cet
homme était très-mélancolique et possède de la rage de l'amitié. En dehors de ses
études et de ses représentations grotesques, il passait son temps à chercher un ami, et
quand il avait bu, ses yeux pleuraient abondamment les larmes de la solitude. Cet
infortuné possédait une telle puissance objective et une si grande aptitude à se grimer,
qu'il imitait à s'y méprendre la bosse, le front plissé d'un bossu, ses grandes pattes
simiesques et son parler criard et baveux. Traviès le \il et Mayeux fut créé.

« 11 es< bon d'avertir les collectionneurs que, dans les caricatures relatives à Mayeux,
les femmes qui, comme on sait, ont joué un grand rôle dans l'épopée de ce Ragotin
galani et patriotique, ne sont pas de Traviès; elles sont de Philippin, qui avait tidéé
loading ...